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Macron relance le concept de présidence gaullienne

 

A l'instar du livre de Régis Debray (paru dans les années 60) intitulé "Révolution dans la Révolution ?", qui analysait le processus révolutionnaire en Amérique latine, on peut être tenté de qualifier la période que nous vivons politiquement de "cohabitation dans la cohabitation". Cohabitation d'abord des électeurs du deuxième tour votant moins pour E. Macron que contre le FN ; cohabitation d'acteurs politiques intégrés dans une gouvernance droite-gauche - une première sous la Vème République malgré les tentatives du Général de Gaulle avec "les Gaullistes de gauche", et de Sarkozy (en homme d'ouverture) - qui tourne déjà à une cohabitation de fait avant que celle-ci, après les législatives, ne se transforme en cohabitation de jure (à l'image de 1986-1988, 1993-1995, 1997-2002) ; cohabitation pour la composition du gouvernement en y incorporant des personnalités de gauche (4 PS, 2 PRG) de droite et du centre (3 "Les Républicains" et 3 MoDem) et des figures incontestables de la société civile. Enfin il y a cohabitation dans la stratégie du Président qui avait besoin de la gauche pour la présidentielle et de la droite pour les législatives des 11 et 18 juin prochains ; formidable et étonnante capacité du Président Macron d'inventer un nouvel espace-temps au cœur de la Vème République plus "monarchie républicaine" que jamais. Nous sommes donc conviés à une relecture de la Vème République (celle-ci ayant déjà fait l'objet d'une cinquantaine d'appellations correspondant à des temps politiques) non explicitée par les Tables de la Loi Constitutionnelle (dont la moitié des articles relèvent d'une lecture favorable au Président, l'autre moitié au Parlement).

 

L'espace-temps des compromis

 

Ainsi, pour le politiste Philippe Raynaud, auteur de "l'esprit de la Vème République", "il y a une volonté chez Macron d'utiliser toutes les ressources de la Vème République, y compris symboliques, pour dynamiter le système partisan antérieur, son idée étant de mettre le prestige de la Vème République au service de la construction européenne". Roland Cayrol, autre grand politologue , est convaincu que nous nous dirigeons vers l'espace-temps du ou des compromis, et relisant les combinatoires de la IIIème et la IVème République nous annonce la prochaine "renaissance" du fameux et populaire "contrat de législature" inventé par Pierre Mendes-France. Le temps de la négociation est là "avec le retour aux fondamentaux de la Constitution de 1958 qui serait un régime mi-présidentiel, mi-parlementaire, une Vème République bis" au service politique du "Macronisme". Quant à Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, il est convaincu que nous sommes entrés dans un moment de basculement qui marque paradoxalement l'entrée définitive dans la Vème République, une République au-dessus des partis selon le vœu de son fondateur. Voilà en tout cas l'histoire constitutionnelle de la Vème République qui nous propose deux versions de l'autorité présidentielle : présidentialisme et cohabitation. Si la première a largement dominé la pratique institutionnelle depuis 1958 (y compris et déjà avec Macron) la seconde est intéressante en ce qu'elle a reporté l'attention des juristes sur la Constitution dont la pratique gaullienne avait sacrifié la lettre sur l'autel de "l'esprit". Quant à l'avenir du "Présidentialisme" selon Macron, il semble déjà se situer dans le droit fil de la présidence gaullienne, mais ce présidentialisme verra son amplitude varier en fonction de l'importance de la majorité de soutien dont bénéficiera, le 18 juin au soir, le Chef de l'Etat à l'Assemblée Nationale. De sorte qu'il sera soit absolu soit relatif. A moins, hypothèse à ne pas écarter, que la cohabitation se produise une quatrième fois et n'impose à nouveau une lecture classique de l'article 20 ("Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation") obligeant le Président Macron à appliquer, comme l'avait rappelé Mitterrand en 1986, "La Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution".