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Présidentielles 2017 : Marine Le Pen peut-elle le faire ?

« Le problème de l’individu est de vivre d'abord sa vie quotidienne. Ses soucis personnels et ceux de sa famille l'absorbent ; le nombre des citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d'y prendre part est limité. Il est heureux qu'il en soit ainsi. La cité, la nation, où chaque jour, un grand nombre de citoyens discuterait de politique serait proche de sa ruine. Le simple citoyen, qui est un vrai démocrate, se fait, en silence, un jugement sur le gouvernement de son pays et, lorsqu’il est consulté, à dates régulières, pour l'élection d'un député par exemple, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal et sain, il retourne à ses préoccupations personnelles qui ont leur grandeur, ne serait-ce que par ce qu'elles ont de nécessaire, non seulement pour chaque individu, mais pour la société. » Michel Debré
 
                                                                       ***
 
Les choses sérieuses commencent. La reine des élections de la Vème République a été lancée officiellement à Fréjus lors des Estivales de Marine Le Pen. Au terme de deux jours studieux, émaillés de tables rondes autour des principaux sujets régaliens, la candidate Le Pen a montré les muscles dans un discours fleuve qui servira de jalon à sa campagne et à la campagne présidentielle en général. L’idée est aussi simple que différente de celle de ses adversaires : Marine Le Pen veut montrer qu’elle est la candidate de la vérité, d’une alternative politique représentée par la souveraineté regagnée qui serait le ferment des libertés nationales retrouvées. Elle sera la seule à défendre un souverainisme enraciné dans l’histoire de France, totalement cohérent et complet. Bien sûr, ces élections présidentielles seront inédites en raison de contextes nationaux et internationaux très particuliers. En effet, pour la première fois depuis très longtemps, les Français devront faire plus qu’exprimer des accords et des désaccords, plus que juger les qualités de tel ou tel candidat à occuper la fonction suprême. Ils devront décider de leur destin en tant que peuple. Quelles mesures prendre immédiatement pour redresser la France ? Bien évidemment, nous constatons tous que notre pays s’effondre de l’intérieur, et, qu’il est gouverné de l’extérieur. Faute de maîtriser pleinement nos outils de souveraineté, nous assistons impuissants à l’effondrement de la France. Nous devons donc retrouver les leviers politiques qui nous permettront d’agir efficacement contre les différents dangers qui menacent l’existence même de notre nation. La souveraineté politique doit s’enraciner dans une permanence historique. Il ne s’agit donc pas d’opposer un pays réel, parfois fantasmé, à un pays légal, parfois abstrait, mais bien de réconcilier les deux. La France s’atomise, elle ne forme plus une nation unitaire. Dans un monde qui se réduit à la vitesse fulgurante des nouvelles mobilités, physiques et dématérialisées, la France peine à trouver sa place. 
 
Elle a très clairement décrit la situation sans se cacher derrière les discours convenus
 
Le même raisonnement peut être appliqué à l’Europe occidentale. La mondialisation est un phénomène irréversible contre lequel il serait vain de lutter. En revanche, nous devons refuser de nous noyer dans le vide de l’uniformisation. Tout l’enjeu présent est donc d’adapter la France aux nouveaux paradigmes sans qu’elle ne s’oublie.  La France doit combattre pour rester ce qu’elle est, ou, pour certains, plus pessimistes encore, redevenir ce qu’elle fût. Sept chantiers seront donc au centre des débats : l’invasion migratoire, le terrorisme islamiste la gabegie financière, la mobilité sociale, l’industrie, la famille et la place de la France dans le monde. Sur tous ces sujets, Marine Le Pen part avec une longueur d’avance parce qu’elle a très clairement décrit la situation sans se cacher derrière les discours convenus, parfois idéalistes, de ses adversaires déjà déclarés ou confrontés à des élections préliminaires. À Fréjus, Marine Le Pen a pu mesurer la force de son appareil intellectuel en laissant ses cadres plancher sur les sujets importants, parmi lesquels les conséquences du Brexit, l’immigration massive, l’école ou la disparition progressive des classes moyennes. Elle a aussi pu engranger de nouveaux soutiens, ou au moins de nouvelles têtes pensantes qui ne lui sont pas hostiles par principe : l’économiste Jacques Sapir, l’essayiste Jean-Paul Brighelli et le criminologue Xavier Raufer. Trois éléments de poids, reconnus et appréciés au-delà de la base militante de la candidate.
 
L’élection à venir sera conditionnée par des variables qui la rendent toujours incertaine :
 

A-Un contexte international favorable à Marine Le Pen :

 
Sur le plan symbolique, le Brexit est une opération gagnante pour Marine Le Pen, prouvant que la construction de l’Union européenne n’est pas un phénomène mécanique que rien ne pourrait entraver. Par leur vote, les Britanniques ont donné un argument à tous les mouvements souverainistes, eurosceptiques ou critiques de l’actuelle direction des politiques communes européennes. Certes, la Grande-Bretagne n’était pas aussi impliquée que la France, absente de la zone euro et de l’espace Schengen, volontiers rétive aux visées berlino-bruxelloises, mais elle n’avait jusqu’alors jamais réellement manifesté de velléités indépendantistes. C’est désormais chose faite. En outre, le plan de Theresa May, prévoyant une ré-industrialisation de la Grande-Bretagne et des mesures pour réduire les fractures entre les bénéficiaires et les perdants de la mondialisation, ressemble beaucoup au programme économique de Marine Le Pen. La Grande-Bretagne n’est pas le seul pays à suivre attentivement. Dans le monde anglo-saxon, l’élection présidentielle américaine qui précédera la nôtre pourrait aussi s’avérer déterminante. La perspective d’une victoire de Donald Trump prend chaque jour un peu plus d’épaisseur. Si le candidat n’est pas parfait, il paraît moins dangereux que se rivale démocrate, favorable à toutes les opérations militaires interventionnistes menées par les Etats-Unis depuis un peu plus de dix ans. Protectionniste, concerné par la crise migratoire, moins « va-t-en-guerre » ; Donald Trump semble vouloir rompre avec l’idéologie néo-conservatrice à l’œuvre dès les présidences de Bill Clinton qui mit fin aux accords Roosevelt, laissant la haute finance dominer la vie économique mondiale avec les résultats catastrophiques que nous savons. Ajouté au Brexit, une élection du candidat Trump à la Maison-Blanche montrerait aux Français que des pays alliés, du moins des démocraties libérales, ont fait le choix de l’alternative au grand dam des médias, des experts et des grands « faiseurs d’opinion ». Les situations autrichiennes, allemandes, hongroises et italiennes sont moins médiatisées mais peut-être encore plus intéressantes. Matteo Renzi organisera, avant la fin de l’année 2016, un référendum constitutionnel majeur. En cas de victoire du « Oui », l’Italie adopterait sa plus importante réforme constitutionnelle depuis la monarchie. Sûr de lui, le social démocrate Renzi met sa vie politique en jeu dans un scrutin loin de faire l’unanimité tant des juristes que de la classe politique italienne. Si aucun des prétendants ne pourrait seul faire chuter Renzi, ils le peuvent quand ils se liguent contre lui, ainsi que l’ont démontrées les élections municipales. Matteo Salvini (patron de la Ligue du Nord), Luigi Di Maio (la nouvelle star du Mouvement 5 étoiles), Renato Brunetta (vieux routier de Forza Italia), Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) ont pu entamer la confiance du fier Renzi, dépossédant sa formation politique des villes de Rome et de Turin. Excusez du peu. 
 
La social-démocratie européenne a du plomb dans l’aile
 
En Italie comme en France, la social-démocratie européenne a du plomb dans l’aile. Idem en Allemagne où l’Alternative für Deutschland, jeune parti eurosceptique et hostile à la politique migratoire d’Angela Merkel, s’impose comme la troisième force politique du pays dans les élections locales. Un eurodéputé de l’AfD est d’ailleurs dans le groupe de l’Europe des Nations et des Libertés, mené par Marine Le Pen au Parlement européen. Partout en Europe, des mouvements se liguent contre ces politiques qui menacent nos libertés et nos identités nationales. Viktor Orbán posera prochainement une question très simple à ses concitoyens : « Voulez-vous que l'Union européenne puisse prescrire l'installation obligatoire en Hongrie de citoyens non hongrois sans l'approbation de l'Assemblée nationale ? » Le 2 octobre 2016, le gouvernement hongrois demandera à son peuple s’il entend accepter le système des quotas qui « redessinerait l’aspect culturel et ethnique de la Hongrie, ce qu’aucun organisme de l’Union européenne n’a le droit de faire ». Nous ne sommes pas loin de la formule choisie par Marine Le Pen à Fréjus : « Au nom du peuple ». Preuve de la nature contre-subversive de la question posée par le président hongrois : le Luxembourg de Jean-Claude Juncker a carrément demandé l’exclusion de la Hongrie des instances européennes. À l’identique, l’Autriche pourrait prochainement élire Norbert Hofer, membre du FPÖ, parti allié de Marine Le Pen en Europe. Une élection qui risquerait de créer de nombreux remous dans l’Union européenne…
 

B-Un contexte national chaotique :

 
Si les exemples internationaux semblent pouvoir donner raison à Marine Le Pen, qu’en sera-t-il de la situation franco-française ? Comme le disait feu Pierre Mauroy : « On est toujours persuadé que ça va être beaucoup plus facile avec la gauche ; que le nouveau président de la République va pouvoir tout régler. Ce n’est pas tout à fait comme cela que ça se passe. » François Hollande apparaît plus que jamais fragilisé, atteignant d’incroyables sommets d’impopularité. Attaqué par des « frondeurs » au sein du Parti socialiste, ou cherchant à s’en émanciper à l’exemple d’Emmanuel Macron, le président souffrira aussi d’un Jean-Luc Mélenchon ragaillardi et annoncé très haut dans les derniers sondages (entre 11 et 14 % au premier tour). En cause, une politique illisible qui n’a pas répondu aux attentes des Français qui l’avaient élu par défaut. La France souffre : immobilité sociale, crise migratoire renforcée par la volonté du gouvernement de « relocaliser » les « migrants » clandestins de Calais, feuilleton terroriste islamiste ouvert pour longtemps, chômage de masse structurel causé par la désindustrialisation du pays, politique étrangère coupable, sentiment de déclin, pesante tyrannie médiatique, insécurité chronique qui se décline sur plusieurs plans et crise institutionnelle durable. Face à cela, les Français devront se décider. La difficulté principale de Marine Le Pen est de devoir concourir d’abord contre elle-même, les candidats principaux n’étant pas encore connus à l’exception de Jean-Luc Mélenchon. Qui peut dire aujourd’hui qu’Emmanuel Macron ira au bout ? Qui peut dire qu’il saura comment battre campagne, sans troupes et sans appareil derrière lui ? Réussira-t-il à jouer sur la durée sur une ambiguïté qui lui est propre : à la fois alternative au système et roue de secours du système ? Sa jeunesse plaide pour lui mais quiconque connaît la vie des idées françaises ne pourra s’empêcher de penser, selon le bon mot d’un camarade, que le Valéry Giscard d’Estaing 2.0 n’est qu’un Général Boulanger des dernières forces dites « libérales-libertaires ». La France n’est pas le Canada. C’est pour cela que je ne crois pas que l’ancien ministre de l’Economie sera notre Justin Trudeau, merveilleux cyborg politique sorti des cerveaux des meilleurs ingénieurs de la World Company. 
À « droite », se profile un duel entre Alain Juppé, représentant du centrisme chimiquement pur, et Nicolas Sarkozy, revenu d’entre les morts à la faveur d’un François Hollande aussi tragique qu’il ne le fut lui-même durant son quinquennat. Cette élection primaire aura son importance. Au-delà de la personnalité du vainqueur, sa marge sur son principal concurrent et les thèmes qu’il aura développés pour gagner seront déterminants. Si Alain Juppé l’emporte, qui sait s’il ne demandera pas à Emmanuel Macron ou à François Bayrou d’être son premier ministre lors de l’entre deux-tours en cas d’accession au second tour ?
 

C-Comment Marine Le Pen peut-elle gagner ?

 
Rien n’est joué d’avance. Rien n’est jamais acquis en politique. On se souvient d’épisodes cruels : Jacques Chirac annoncé gagnant en 1988, Edouard Balladur en 1995 ou Lionel Jospin en 2002 ont longtemps fait cavalier seul avant d’être balayés. Il semble néanmoins qu’une telle déconvenue n’arrivera pas à Marine Le Pen. Et ce pour une raison évidente : elle est la seule à proposer une offre politique clairement identifiée sur l’immigration et le rôle de la France dans le monde. Elle devrait donc se retrouver au second tour, capitalisant sur ses ressources électorales propres. C’est bien pour cela qu’elle n’agit pas en fonction d’adversaires qu’elle ne connaît pas encore. Son credo est le suivant : la France avant le monde, l’autochtone avant le néo-nomade, les nôtres avant les autres. Elle dit seule que le peuple doit être restauré en ses droits naturels et que les Français ne doivent pas être dépossédés de leur héritage collectif par des tiers. C’est majeur. « À celui qui n’a rien, la patrie est son seul bien » avançait déjà Jean Jaurès. C’est ce qui explique le succès de Marine Le Pen auprès d’une France dite « périphérique » peuplée de Français « oubliés » des politiques publiques, des politiques dites "de la ville" et des médias qui n’ont d’yeux que pour la diversité.
 
Une vision positive, novatrice et offensive
 
Si Nicolas Sarkozy tentera de refaire le coup de 2007, préemptant la saine colère populaire pour mieux la trahir, tous les autres candidats se feront les champions du multiculturalisme, Jean-Luc Mélenchon compris en dépit de changements rhétoriques purement contextuels et cosmétiques. Comment Marine Le Pen pourrait-elle alors élargir son électorat au second tour et créer une dynamique qui a fait cruellement défaut les des dernières élections régionales ? En montrant que son manque d’expérience sera compensé par une vision pour la France. Une vision positive, novatrice et offensive. Ces fameux « bobos » dont on nous rebat les oreilles seront aussi victimes de la mondialisation qui charrie immigration et dumping social. S'ils semblent mieux préservés des effets pervers de cette idéologie, ils ne le resteront pas éternellement. Au Bataclan, ils étaient visés et ils le seront demain à nouveau. Marine Le Pen doit faire passer son discours dans quatre segments déterminants de l’électorat : les retraités qui votent par habitude et ont peur du changement, les urbains soumis à la propagande médiatique, les abstentionnistes désabusés et le reste de l’électorat populaire qui hésite encore à franchir le cap. Il lui faudra prouver que les réflexes légitimistes, compréhensibles en période de troubles majeurs, sont devenus néfastes car ils perpétuent des politiques qui nous conduisent tout droit vers un déclin programmé.
 
« Au nom du peuple » ou faire corps avec la France, l’aimer et aimer les gens qui la font. Pour être aimée du peuple, Marine Le Pen devra montrer qu’elle aime sincèrement le peuple.