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Patrick Buisson autopsie la Vème finissante : au détriment du peuple ?

Dans un ouvrage d’entretiens compilés par Gérard Davet et Fabrice Lhomme, intitulé « Un Président ne devrait pas dire ça… » et prochainement publié aux éditions Stock, François Hollande multiplie les déclarations étonnantes. D’une formule choc qui ne devrait laisser personne insensible, il avance que « La femme voilée d’aujourd’hui sera la Marianne de demain ».  Puis, admettant que la France a un problème avec l’islam, le socialiste précise dans un élan irénique sa foi multiculturelle : « Parce que, d’une certaine façon, si on arrive à lui offrir les conditions pour son épanouissement, elle se libèrera de son voile et deviendra une Française, tout en étant religieuse si elle veut l’être, capable de porter un idéal ». La réalité est toute autre. Pour s’en convaincre, il suffit, selon le mot de Malraux, de prendre le « métro aux heures de pointe ». Les immigrés de troisième et quatrième générations se ré-islamisent ; les jeunes femmes portant plus souvent le voile, dans sa version islamique, que leurs aînées. Jamais à court de paradoxes, François Hollande finit par admettre, grande première pour un haut responsable socialiste, que la France connaît actuellement trop d’immigration, tout en ne remettant jamais ouvertement en question les politiques d’ouvertures inconsidérées menées depuis un demi-siècle. Essayant de se sortir par des pirouettes dialectiques des principaux sujets qui conditionneront l’avenir de la France, le Président dévoile l’impuissance de l’Etat confronté aux monstres qu’il a méthodiquement engendrés, prenant des paris osés fondés sur des hypothèses plus qu’incertaines. Se sachant condamné à l’impopularité dans les classes moyennes et populaires, François Hollande lance un appel aux populations issues de l’immigration et tente une opération de Grand Remplacement électoral qui avait déjà porté ses fruits en 2012, sans le déclarer de façon trop abrupte. Une intuition confirmée  par les chiffres qui montrent une augmentation du nombre de naturalisations par décrets de plus de 45 % pour l’année 2016, précédant comme vous le savez tous une année d’élection présidentielle. De l’autre côté du spectre, Nicolas Sarkozy dit peu ou prou la même chose, à cette nuance près qu’il a retenu quelques leçons de son ancien conseiller de l’ombre, Patrick Buisson. Toutefois, il les a mal apprises. Ses provocations paraissent creuses, peu réfléchies, voire grossières. Ainsi, l’impétrant a-t-il fustigé ces élites qui iraient « chercher leurs œufs frais dans des paniers en osier ». Amusant de la part d’un prolétaire qui passe ses vacances au Cap Nègre ou sur des yachts de plaisance appartenant aux plus grandes fortunes du globe… Nicolas Sarkozy est en décalage avec un peuple qu’il croit connaître mais dont les ressorts lui échappent le plus souvent. Trame principale de « La Cause du Peuple », ouvrage du susnommé Patrick Buisson, ce décalage conduit à une fracture irrémédiable entre les élites politico-médiatiques et nous, Français simplex.
 
Une fracture irrémédiable entre les élites politico-médiatiques et nous
 
« Tu as de la chance, Philippe, toi tu aimes la France, son histoire, ses paysages. Moi, tout cela me laisse froid. Je ne m’intéresse qu’à l’avenir … », disait l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy,  à Philippe de Villiers en 1999, après les élections européennes lors desquelles sa liste s’était inclinée, à la surprise générale, face au tandem Villiers-Pasqua. Cette citation, rapportée par Eric Branca et Arnaud Folch dans « Le Mystère Villiers », a depuis fait grand bruit. La confession de Nicolas Sarkozy est édifiante. Comment un politique de haut rang, de surcroit de droite, peut il rester froid face à l’histoire de France et à ses paysages, c’est à dire à sa réalité, à sa permanence, à ses racines ? Nicolas Sarkozy semble comme expatrié chez lui, il est, avant d’être un nouvel apatride, d’abord, un « expatrié du réel ». Il serait réducteur d’avancer que l’ancien président était un homme pour qui la France se résumait à l’ensemble Auteuil-Neuilly-Passy et quelques palaces du carré d’or parisien, mais c’est l’image qu’il a laissée à un grand nombre de français, et cette impression n’était pas le fruit du hasard mais bien d’un ressenti profond du peuple de France. Un représentant du « monde d’après » faisait face à un garant de l’ « ancien monde ». D’un côté Villiers, ancré et enraciné dans sa Vendée, de vieille noblesse, parfois « ringardisé » mais perçu comme fidèle. De l’autre, un ambitieux aux dents longues, attiré par les paillettes et le showbiz, « citoyen du monde » et opportuniste. Si l’histoire de France ne parle pas à Nicolas Sarkozy, elle parle aux français, et celui-ci l’a bien compris ; il a fait toute sa campagne des présidentielles de 2007 sur le thème de l’identité nationale, inspiré par Patrick Buisson, pour la partie crypto-maurassienne présentant le thème du « pays réel », et par Henri Guaino, pour la rhétorique gaulliste, sociale et populaire. Il a fini par triompher, suscitant une attente inouïe pour un président de la 5ème république, comparable à celle qu’avait provoquée l’élection de François Mitterrand en 1981. Nul besoin de s’étendre longuement sur ce quinquennat, historiquement anecdotique et qui fut un échec. Il n’a pas répondu aux espérances de ce « pays réel » qu’il a pourtant amené à rêver d’une France restaurée, patriotique, enracinée. Rien ne fut fait en ce sens. Le président a montré sa versatilité, son « bougisme », , son obsession des sondages et son tropisme globaliste. Accusé d’être « bling bling », on le surnomma « Sarko l’américain », en référence à sa tenue de jogging inspirée par la police new-yorkaise et ses ray-bans de motard californien. Ouverture, France « plurielle », « multiculturalisme », il ne différa en rien, ou presque, de son successeur François Hollande.
 
Patrick Buisson n’en dit pas moins, dépeignant un président obnubilé par son image, sensible à la flatterie, les yeux rivés sur les enquêtes d’opinion. Homme de l’instant, Nicolas Sarkozy est avant tout un tacticien capable d’improviser. Sa principale qualité étant d’ailleurs de ne pas posséder de colonne vertébrale idéologique, ce qui lui permet d’épouser ses nouvelles idées aussi promptement que ses nouvelles conquêtes féminines. Homme du temps long, Patrick Buisson a cru pouvoir investir Nicolas Sarkozy d’une mission supérieure au service de la France éternelle. Il s’est trompé mais laissera pour l’histoire un fidèle témoignage de la Vème République finissante. Il a voulu, à la manière de Jacques Attali, conserver des enregistrements de ses conversations élyséennes, dans l’espoir d’en retirer plus tard son Verbatim. Ce fut une erreur colossale que ne put lui pardonner le très affecté Nicolas Sarkozy, pour qui la fidélité à sa personne est le seul critère professionnel et amical qui vaille.
 
 Un président obnubilé par son image
 
À défaut d’une simple retranscription de ses conversations privées avec Nicolas Sarkozy, l’ancien conseiller de l’ombre a publié un grand ouvrage politique. Aussi bien démonstration pratique des difficultés de l’exercice du pouvoir que somme théorique, « La Cause du Peuple » est un ouvrage dense et érudit, servi par une plume d’une grande beauté. La vengeance semble n’être qu’un prétexte pour l’auteur qui n’hésite pas à livrer ses analyses entre deux citations tirées du plus haut patrimoine littéraire français et international. Dès l’ouverture du premier chapitre, passé une introduction assez énergique, le ton est donné : « Lorsqu’à l’orée du printemps 2005 débuta notre collaboration, Nicolas Sarkozy était, au sein du club restreint des présidentiables, le plus éloigné de la réalité de la France et du sentiment d’antépathie qui déjà hantait les Français, plus soucieux que jamais de revenir à l’essence et à la permanence de leur destin. Or, s’il était le moins apte ontologiquement à saisir ce sursaut, il se montrait instinctivement le plus désireux d’apprendre. Plante aquatique au développement tout en surface médiatique, Nicolas Sarkozy se savait dépourvu de racines ». Les mots de Patrick Buisson sont d’une grande cruauté. Il ne reconnaît à l’ancien président qu’une « volonté d’apprendre », mais uniquement pour gagner une élection et non pas pour faire gagner durablement la France. Profondément éloigné du pays qu'aimait Ferdinand Buisson, l’homme s'est adjoint les services d'un interprète en la personne d'un homonyme du célèbre historien. La suite est à l’avenant, Patrick Buisson rivalisant d’imagination à chaque sentence : « trader de la politique », « Président selfie », « Sarko l’américain »… Nicolas Sarkozy n’est pourtant pas le seul à subir les foudres justifiées de Patrick Buisson pour qui l’intégralité, ou presque, de la classe politique se soumet à la tyrannie médiatique, parfois même de bon cœur. Alain Madelin sert notamment d’illustration des erreurs d’une certaine tournure d’esprit libérale dans le onzième chapitre consacré au retour du religieux et au problème islamique en France : « De mes conversations avec Alain Madelin au début des années 2000, je ressors régulièrement abasourdi par les propos du président de Démocratie libérale, me demandant parfois par quel processus d’éviscération spirituelle il en est arrivé, comme tant d’autres, à évacuer le substrat anthropologique d’une partie notable de l’humanité. À l’entendre, le marché sera dans la décennie à venir, la grande machine à intégrer sans douleur et sans drame les populations immigrées ». En cela se rejoignent toutes les idéologies matérialistes, venues de « droite » comme de « gauche ». De l’homme universel socialiste à l’homme universel capitaliste, un fil conducteur : la tabula rasa, la destruction des permanents historiques, des patrimoines matériels et immatériels, des traditions multimillénaires. Des utopies mortifères régulièrement contredites par le désir très humain de s’inscrire dans une mémoire collective qui ne peut se réduire à la simple volonté de « vivre ensemble » autour du totem de la consommation et du tabou de la xénophobie.
 
Nicolas Sarkozy n’a jamais compris la France
 
On retiendra principalement une information : Nicolas Sarkozy n’a jamais compris la France, ni même ce que lui disait Patrick Buisson, lequel devait lui prouver par des sondages et des chiffres ce qui relevait pourtant du simple bon sens. Les grands n’ont pas besoin de preuves, ils voient. Autopsie d’un système déliquescent, « La Cause du Peuple » dresse en quinze chapitres l’essentiel des enjeux présents. On pourra reprocher à Patrick Buisson d’avoir beaucoup trop tardé pour nous livrer cette analyse cruciale. On pourra aussi lui objecter que ses motivations sont floues. Il nous faudra néanmoins admettre l’étrange justesse du propos. Identité, civilisation, frontières, combat contre l’économisme, bataille culturelle, institutions, République : voilà nos grands chantiers.  Au fond, je ne diffère que peu de Patrick Buisson, du moins sur les constats. « La Cause du Peuple » est bien la nôtre. Ce peuple stipendié, méprisé, honni par ces clercs qui ne savent rien et lui causent sa ruine. Il faudra bien, un jour, que toutes les forces convergent et s’acheminent vers un compromis impératif pour notre salut et celui de nos enfants. La France doit retrouver la place qui est la sienne, et les Français la leur. Pour qu’enfin on puisse penser que c’est la cause du peuple qui les animent, et non pas qu’ils dirigent au détriment du peuple.