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L’Union européenne face à ses limites. Du Brexit au démantèlement ?

Dans un bon article pour le magazine en ligne Slate, Eric Dupin (essayiste qui a, entre autre, collaboré avec Libération, Le Figaro ou la version web de Marianne) rappelle un slogan de François Mitterrand datant de 1987 : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir ». L’ancien chef de l’Etat a beaucoup œuvré pour la construction européenne, croyant qu’elle se ferait au profit de la France, cœur politique naturel de l’Europe occidentale. Lui, qui connaissait si bien l’histoire, s’est pourtant lourdement trompé. En fait de « France en grand », l’Union européenne est devenue le fruit d’une copulation entre l’ « Allemagne en grand », rêve néolibéral de marché autodirigé par le « raisonnable » patronat germanique, et le marxisme culturel issu des années 1960. L’Union européenne est une construction idéaliste, post politique et post historique, sans lien réel avec les peuples qu’elle devait incarner. S’opère donc en réaction un retour aux identités profondes, tant politiques que plus essentielles, ou innommées. J’ai déjà eu l’occasion, pour Boulevard Voltaire principalement, d’expliquer les raisons du Brexit. Ce qui a constitué une surprise pour Bernard-Henri Lévy, cosmopolite revendiqué, n’en était pas une pour moi. Nous assistons à une extension du domaine de la lutte historique, qui s’accompagne d’un retour des inconscients collectifs en Europe, et plus largement en Occident. Le patriotisme est, présentement, un choix tout autant philosophique que politique. Sommes-nous tous devenus des apatrides ? Voici en substance la question majeure de notre époque (à laquelle je tentais de répondre ici : http://cultureetlibertes.fr/2016/05/24/metaphysique-et-politique-en-france-au-xxieme-siecle/). L’analyse portée par le géographe Christophe Guiluy, subodorant l’apparition d’une fracture entre les métropoles mondialisées et leurs périphéries, victimes de l’accélération de la marche du monde, peut s’étendre au-delà des frontières de l’hexagone.  
 
Le découpage spatial du vote britannique est saisissant
 
Enseignant en philosophie politique au collège de Londres, Stathis Kouvelakis le résume admirablement en analysant les raisons du vote du Brexit : « Le découpage spatial du vote britannique est saisissant. Il y a deux pays. La bulle de la City et du sud-est du pays, face à un autre pays, dont on ne parle jamais parce qu’on préfère évoquer le Londres branché et multiculturel. Avant d’enseigner à Londres, j’exerçais dans une université de la banlieue de Birmingham, Wolverhampton. La différence est abyssale. Le centre-ville était en ruine. » L’Angleterre oubliée ressemble à s’y méprendre à la France oubliée, et même  aux Etats-Unis oubliés qui ont, pour partie, porté Donald Trump en tête de l’élection primaire des Républicains. Elle demande le retour de la nation pleine et entière, souveraine, protégeant son identité, son histoire mais aussi son avenir, moral et économique. On peut penser ce qu’on veut sur le personnage Trump – permettez-moi d’ailleurs de douter de la profondeur de ses convictions, il sera jugé sur son action,  si d’aventure, il parvenait à accéder à la Maison Blanche –, mais il a su répondre aux aspirations profondes d’une certaine Amérique, déclassée, appauvrie.
 
Quoi que puissent en dire les zélés propagandistes de l’Empire du bien,  les Britanniques savaient très bien ce qu’ils faisaient en votant pour le « Out ». Emil Cioran disait que « la lâcheté rend subtil », pour reprendre notre ami socialiste toulousain Marc Stuzlman qui m’opposait cette citation lors d’un débat l’an passé. C’est donc bien la lâcheté qui semble animer certains analystes de la vie politique internationale, prompts à nier subtilement que le Brexit soit un vote identitaire, de rejet de l’immigration massive et de désir de souveraineté regagnée, en mettant par exemple en avant les votes de l’Ecosse et de l’Irlande du Nord qui ont choisi le « Remain », oubliant que l’Ecosse a récemment refusé son indépendance sur la promesse que la Grande-Bretagne reste dans l’Union européenne. Ceci n’est qu’un exemple du degré de médiocrité des « sachants » retranchés dans une Olympe spirituelle de plus en plus déconnectée des peuples, ces « fictions de romanciers » pour le libéral Gaspard Koenig. Eux ne sont pas menacés par le phénomène du « White Flight » qui a contraint des dizaines de milliers de Londoniens « de souche » au départ, chassés par l’immigration massive qui a totalement transformé les quartiers cockneys historiques, comme le montrait un édifiant reportage de la BBC en début d’année.
 
Non, l’Europe, comme espace culturel commun et convention géographique, n’est pas attaquée par le Brexit. Les peuples européens contestent l’Union européenne, Tour de Babel informe, inapte et travaillée par un terrible inconscient totalitaire. Pour s’en convaincre, il n’est qu’à regarder les derniers référendums relatifs à la construction européenne. En 1992, les Danois ont voté non au traité de Maastricht, qui a été revoté après une intense propagande. En 2001 rebelote avec le référendum irlandais concernant le traité de Nice, puis en 2008 avec le vote de ces mêmes irlandais sur le traité de Lisbonne. Quant aux référendums français et néerlandais sur la constitution européenne, ils furent purement et simplement ignorés, de la même façon que le vote grec de 2015. Il ne faut donc pas tenir pour acquis un « non » à l’Union européenne.
 
Les Anglais, contrairement à nous, n’avaient ni fait le choix de l’euro boulet ni celui des accords de Schengen, mais ils ont compris ce qui les menaçait. Les eurocrates veulent plus d’Union européenne, plus d’intégration, plus d'immigration extra européenne, plus d’accords de libre échange qui mettent au chômage des centaines de milliers de leurs « citoyens », ou, devrais-je dire, de leurs sujets. Cette « Europe », qui n’en est que la négation, a doublement échoué : politiquement et économiquement.
 
Machine schizophrène, l'Union est tout autant un néant politique incapable d’agir concrètement face aux problèmes extérieurs, ce qu’on a pu observer lors de la crise ukrainienne, ou lors de la négociation avec la Turquie du sultan Erdogan pour résoudre la crise migratoire, qu'un Léviathan qui aura progressivement transformé les Etats qui la composent en grands paralysés sortis du concert des nations du monde. Qui pourrait alors s’étonner de la défiance que cette entité inspire aux Européens ? Elle ne fait pas ce qu’elle aurait dû faire, et fait tout ce qu’elle n’aurait pas dû faire, créant elle-même les conditions de son démantèlement.
 
Créant elle-même les conditions de son démantèlement
 
Sur le plan économique, la zone Euro est un colosse aux pieds d’argile, dont la croissance est la plus faible du monde. Patrick Artus, chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis, qu’on ne pourra pas soupçonner d’anti européisme primaire l’explique dans Les Echos : « On comprend bien maintenant que l'unification monétaire conduit à une hétérogénéité croissante des pays. (…) Cette évolution, très visible à partir de 2008, cachée auparavant par la hausse de l'endettement extérieur, est destructrice : quel pays de la zone euro va accepter une baisse continuelle de son niveau de vie par rapport aux autres ? » Une évolution qui se fait au détriment de la France, et des pays du Sud, et au seul avantage de l’Allemagne, pays exportateur pour lequel l’euro constitue un avantage de compétitivité évident et majeur, pays dont la démographie s’effondre, obligé de remplacer ses travailleurs par de la main d’œuvre immigrée, sans égard pour ses équilibres identitaires et sociaux au long cours.
 
 
Soyons clairs, la Grande-Bretagne n’a jamais été vraiment intégrée au reste de l’Union européenne. « I want my money back », grondait déjà la dame de fer au début des années 1980. Les Britanniques sont, par nature, insulaires. Leur « Out » ne menace donc pas l’Union européenne d’une dislocation immédiate, mais annonce une fronde générale sur le continent tout entier. En France, le Front National est crédibilisé. Le Brexit est une réponse à tous ceux qui jugeaient une sortie impossible, et qui prétendaient que le processus d’intégration était incoercible, car allant dans le « sens de l’histoire ». C’est aussi une réponse directe à l’Allemagne et aux technocrates bruxellois : il faudra faire avec la démocratie. Je peux admettre que les pays d’Europe centrale craignent le départ d’un allié important, alors qu’ils essayent désespérément de faire contrepoids en luttant pied à pied contre les mesures pro-immigration voulues par l’oligarchie techno-administrative. Mais, ils doivent comprendre que les nations d’Europe de l’Ouest sont dans l’obligation de s’émanciper d’une tutelle qui les a progressivement dissoutes. La France, carrefour de l’Europe occidentale, peut donner un nouvel élan au continent européen, comme elle l’a souvent fait dans son histoire.
 

Ce n’est désormais plus qu’une question de temps. Les Français finiront dans les urnes pour renégocier les traités qui les obligent. Nous ne pouvons plus être dépossédés du contrôle de nos frontières par les funestes accords de Schengen, soumis à des accords politiques intenables avec la Turquie (entrainant la libre circulation des 80 millions de Turcs pour lutter contre l’immigration !), forcés à abandonner nos normes de protections sanitaires et commerciales pour le TAFTA et tyrannisés par des juridictions supérieures européennes atteintes de delirium tremens sociétaliste. Certes, notre déclin n’en sera pas pour autant pleinement enrayé, mais nous pourrons bien mieux y faire face. Peu importe, au fond ce qu’il adviendra réellement du Brexit, qui regarde désormais les seuls Britanniques : les conséquences du vote sont d’ores et déjà historiques pour le reste des pays membres de l’Union. Le mur de Maastricht est ébréché,  et avec lui tous les mythes qui l’accompagnent.  We want our history back !