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L’islamisme en France et en région Occitanie : Entretien avec Alexandre Mendel

Auteur de « La France djihadiste », aux éditions Ring, le reporter Alexandre Mendel (qui collabore notamment à Midi Libre et Valeurs Actuelles) a accepté de répondre à mes questions. Nous le remercions pour sa franchise et son ouverture. Si le constat dressé ici est pessimiste, il nous engage à regarder la réalité en face, les yeux grands ouverts. C’est à ce prix que nous pourrons sortir par le haut de la crise qui menace.
 
 
Vous êtes l’auteur de « La France Djihadiste », publiée chez Ring. Fruit d’une démarche exigeante qui vous a conduit à sillonner la France, ce livre avance des éléments factuels édifiants sur l’état du pays. Vous attendiez-vous à dresser un constat aussi pessimiste avant de vous lancer dans cette aventure ?
 
En effet, je ne m’attendais pas à ce que des quartiers entiers, pour ne pas dire, dans certains cas, des villes entières, soient à tel point sous l’emprise d’un islam conquérant à qui rien n’est opposé, et contre qui personne ne se dresse : ni la loi de la République, ni les forces de l’ordre, etc. Oui, ça fait bizarre de se dire qu’après autant de morts dans des attentats sans précédent sur le sol français, il subsiste encore des mosquées, plus ou moins clandestines, où l’on vend du matériel « pédagogique » pro-Daesh, où l’on prêche la haine de l’Occident et, aux abords desquelles, traînent des fous d’Allah prêts, sur notre propre sol, à embrigader puis finalement à enrôler leurs jeunes coreligionnaires dans la guerre.
J’ai été aussi frappé du discours lénifiant des responsables musulmans dits « modérés » qui n’ont pas changé de disque depuis des années. Et qui, en fin de compte, ne représentent personne ou si peu de gens. Si je dois retenir une seule chose de mes pérégrinations, disons une seule chose qui m’ait vraiment marqué, c’est le discours usé jusqu’à la corde du « c’est pas ça l’islam ». Eh bien, ce n’est pas avec ce genre de slogan qu’on avancera et qu’on prouvera qu’il s’agit d’une religion favorisant la paix civile en France.

 
La région Occitanie semble être un foyer dynamique du djihadisme national. Au départ, vous deviez même consacrer un livre au seul cas de Lunel. Que pourriez-vous nous en dire ?
 
L’arc méditerranéen est en effet le lieu de plusieurs foyers djihadistes actifs ou actuellement en veille. Au départ, il était convenu, en effet, que je n’écrive que sur Lunel. Lunel et ses 25 djihadistes sur 25000 habitants. Une personne sur mille : un record en Europe et un laboratoire de ce qu’est la radicalisation des musulmans français. Finalement, mon éditeur a voulu que je dézoome sur les principaux foyers de déradicalisation français. Toulouse en fait partie. Je n’ai pas été déçu de la promenade. Sans le vouloir, « La France Djihadiste » est devenu une sorte de Guide du Routard du djihadisme français. De Roubaix à Nice, de la Seine-Saint-Denis à Toulouse, peu d’endroits en France ne sont pas touchés.
 
Toulouse s’est fait tristement connaître ces dernières années. Déclencheur d’une série d’attentats, Mohamed Merah devint un héros pour de nombreux jeunes des quartiers abusivement qualifiés de « populaires ». Quels étaient ses réseaux sur place ?
 
Merah est d’une certaine façon le patient zéro de cette vague de djihadisme sur le sol français. Merah a commencé son chemin de radicalisation en prison. Il l’a poursuivi à l’étranger. Et a essaimé à Toulouse, jusque dans sa famille, tout en étant resté dans les radars du renseignement français. Mohamed Merah, souvent considéré comme un loup solitaire, était en contact étroit avec Sabri Essid (son demi-frère) ainsi qu’avec les frères Clain. Et bien sûr avec l’Emir blanc, alias Olivier Corel, le mentor de toute une génération de salafistes, qui vit encore dans son hameau d’Artigat en Ariège. Tout un tas de théories fumeuses ont émergé après les attentats de Toulouse, notamment celles d’une complicité des renseignements français. Ces thèses sont aussi risibles que leurs auteurs. Merah pratiquait la taqya, soit l’art de la dissimulation en période de guerre – ce qui est autorisé par les textes islamiques. Il n’y a rien d’autre à y voir que la première version d’un type de djihadiste que nous connaissons désormais bien en France : un individu non isolé, connu des renseignements, avec un passé de délinquant et habile pour dissimuler ses projets. Il est difficile de dire si chacun des 300 individus considérés comme radicalisés dans le grand Toulouse connaissait personnellement Merah. Mais certains ont dû le croiser. Et il reste un modèle pour beaucoup.
 
Merah pratiquait la taqya, soit l’art de la dissimulation en période de guerre
 
Les exécutifs ont longtemps laissé faire les imams pour acheter la paix sociale. Est-ce aussi le cas à Toulouse ?
 
La paix sociale s’achète d’abord dans les quartiers... par le recul. En renonçant, par exemple, à y envoyer des forces de l’ordre, on laisse la sharia s’installer. Il est peu probable que les mosquées servent de base arrière du djihadisme pur et dur. En tout cas, elles ne le font plus aussi ouvertement qu’avant les attentats du 13 novembre 2015. Mais quelques lieux de culte salafistes posent réellement problème. Il y a encore des mosquées qui prêchent le djihad, j’en donne quelques exemples dans mon livre. Toulouse n’est pas exempte de ces endroits, parfois aussi minuscule qu’un garage.
 
L’imam Mamadou Daffé, installé à Bellefontaine, peut-il être considéré comme appartenant à une mouvance radicale ? Est-il complice, activement ou en fermant les yeux, de ses ouailles partis en Irak et en Syrie ? A-t-il pu participer à leur radicalisation ?
 
Le faussement sympathique Mamadou Daffé s’est surtout fait connaître par un certain nombre de prêches aux propos tout à fait islamistes, sans aucune ambiguïté. C’est vrai qu’une grande partie de la jetset du djihad toulousain fréquentait sa mosquée de Basso Cambo, sans doute en connaissance de cause : Mamadou Daffé n’est pas le modéré qu’il prétend être. Faut-il en conclure qu’il a participé à la radicalisation des jeunes pousses du terrorisme islamique de la ville rose ? Il est certain qu’il n’a pas participé à leur déradicalisation en tout cas ! Je vous assure qu’il existe pourtant bien pire que ce clown de l’islam, aujourd’hui, en France
 
 
"La France djihadiste" (ed.Ring)