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Les Apatrides – Première partie

En l’an 2046, Loup Korsazy est gouverneur de la province de France, pour le compte du Nouveau Monde Unifié. Tout comme son père avant lui, il est perçu comme un tribun politique d’exception. Capable de vendre de la glace à des esquimaux, les Korsazy appartiennent à ces nouveaux féodaux qui font la fierté de la France depuis la dernière guerre qui a été l’occasion d’étouffer les dernières velléités rance de la France périphérique et recroquevillée sur les ruines archaïques du passé. Ce n’était pourtant pas gagné. Quand Annette Caballero proposa ses premiers camps de migrants naturistes, les Korsazy eux-mêmes s’y étaient opposés, trop préoccupés par les soubresauts d’une opinion encore gagnée au sédentarisme. Fort heureusement, les terribles conflits sont passés par là. Désormais, les personnes ouvertes vivent dans des quartiers où l’harmonie règnent. Nos « gated communities » sont nos forteresses, imperméables à la plèbe grouillante qui refusait de voir le monde changer. De Los Angeles à Paris, elles sont toutes bâties sur le même modèle : irénique, festif et bien sûr aculturel (le multiculturalisme n’était qu’une étape). Aujourd’hui, la démocratie est enfin arrivée à maturité. En effet, il n’existe plus qu’un grand parti politique en province de France, et dans le monde libre : celui qui garantit notre bien-être éternel. Il présente toujours en son sein diverses tendances liées aux grands groupes industriels. Le gouverneur Korsazy est par exemple proche de la tendance Google, ami des personnalités des médias et du cinéma. Intime de l’intellectuel, « coach de vie », producteur de rap, organisateur de dîners et « communicant », Félicien Marx, c’est avec un profond chagrin qu’il assista à la mort de ce dernier. L’accident tragique eut lieu au cours de la fête de mariage de son bouledogue français ; « Tupac », nommé ainsi d’après le célèbre rappeur vedette du siècle dernier, qui épousa le chihuahua de North West, fille du rappeur Kanye West et de la « fashionista » Kim Kardashian. Par l’importance du couple et les moyens déployés, ce mariage restera comme l’un des plus emblématiques de l’histoire postérieure à l’humano-centrisme. Le parc Disneyland d’Orlando fut privatisé pour l’occasion et un contrat de cent millions de dollars signé entre les partenaires humains des deux chiens et la chaine « People Google » sur internet. Cette cérémonie grandiose permit de réviser les standards d’exigence de l’époque. Centre de toutes les attentions, les chiens stars avaient été habillées par la maison Louis Dior de tenues de chanvre spécialement conçues pour leur morphologie.  Les convives humains, ravis par tant de splendeur, ont pu déguster un festin de croquettes et pâtés « bios » du meilleur goût et comestibles pour l’homme, réalisé par les plus grands cuisiniers « interspécistes » du temps, avait été offert aux convives ravis. Le gouverneur Loup Korsazy était venu, accompagné de sa femme, la princesse du Qatar, et de leurs enfants. Bref, tout ce que le Nouveau Monde Unifié comptait d’important, de riche et de célèbre, en était.

La mort ça fait mal, c’est atroce

Alors que les maladies n’existent quasiment plus et que les causes d’accident ont drastiquement diminué, le tragique dans l’histoire est réapparu emportant avec lui Félicien Marx. On ne connaît pas la raison exacte du décès, mais tout porte à croire à un excès de substances illicites combiné au stress de marier son chien ; ces deux faits auraient contribué à détraquer ses membres artificiels. Le premier homme à l’avoir vu mourir est le directeur du groupe Canal + Provinces d’Europe, Marmoud Choura, dont le chat persan, « Cheeseburger », était témoin de mariage. Interdit par l’ampleur du drame, il ne put retenir ses larmes. La mort ça fait mal, c’est atroce, il pensait même que ça n’existait plus. Félicien Marx était un pionnier du trans-humanisme et le premier homme à avoir changé l’intégralité de ses organes au profit de prothèses nano-robotiques, il voulait faire fi de la recommandation d’Antonin Artaud qui signifiait que « Toute humanité veut vivre, mais elle ne veut pas payer le prix et ce prix est la mort ». Il a payé ce prix, mais c’est un pionnier, et accordons nous sur le fait que des personnalités telles que la sienne nous permettront bientôt de ne plus payer ce tribut à la mort. L’homélie funèbre lue par Loup Korsazy est désormais considérée comme l’un des plus grands discours politiques de l’histoire de l’homme universel. La voici, intégralement rapportée : 

 

« C’est un jour triste pour la province de France du Nouveau Monde Unifié, aujourd’hui nous avons perdu un grand homme, un homme qui a si bien incarné notre idéal, j’ai nommé Félicien Marx. On a beaucoup glosé sur ce héros. Très critiqué dans sa jeunesse, il était un visionnaire, un homme qui avait vu l’avenir avant nous tous. Son parcours est un sans faute, une vie picaresque réussie, celle d’un néo-nomade qui a mis sa fortune au service des autres ; tant l’homme universel et indifférencié qu’il a contribué à créer, que nos amis à poils et à plumes dont il appréciait la tendre compagnie. Félicien, vous permettrez que je l’appelle par son prénom, car il était mon ami ; était partout à la fois, il ne tenait pas en place, animé d’une folle énergie. Son modèle était Karl Schlaube, le fondateur du Forum Economique de Davos, il déclarait même vouloir devenir Karl Schauble, animé d’une moue enfantine. Il fit ses premiers pas dans les sphères du pouvoir dès sa sortie du berceau familial. Son papa austro-allemand exerçant la profession d’avocat, Arminius Marx, lui donna le gout du travail, et sa maman, Davina, directrice d’une galerie d’art prêt de la Place des Vosges et de nationalité américaine, lui transmit la passion du beau. Il était prédestiné à une vie de luxe, mais une vie intelligente, dédiée au bien commun, tournée vers l’universel. En effet, il était lui même posé sur deux rives, l’Europe et les Etats-Unis, ce qui a nourri ses convictions atlantistes. Etudiant rebelle, il fut un élève indiscipliné, et écuma la plupart des établissements scolaires de prestige de la ville de Paris, Stanislas, Charlemagne et autre Ecole Alsacienne. Félicien, peu à son aise dans ces établissements collés montés, il développa à ce moment là des idées communistes et internationalistes, il faut bien que jeunesse se passe ! Un grand homme, et ami de mon père, Jack Ségala le répétait souvent : « si t’es pas de gauche à 20 ans, t’as pas de cœur, si t’es pas de droite à 40 ans, t’as pas de Rolex ». Complexé par sa condition, Félix se rêvait afro-américain et rappeur, n’ayant pour seule patrie que le fun qu’on se donne entre amis ! Moi aussi, j’ai rêvé, comme mon frère Piotr, d’être disc jockey, et j’ai vécu à New York avec ma mère et mon beau père, Ricky Atlas. J’ai bien connu le rap et cette population accueillante et chaleureuse qu’on trouvait alors au Bronx. Black Lives Matters était un prétexte pour détruire l’ancien monde, partout où il se trouvait. J’ai toujours compris Félix, nous sommes les mêmes.  Je suis né dans un milieu de droite saumon, et lui, de gauche caviar, c’est notre force, la force de l’amitié et du réseau. Notre milieu nous a transmis une volonté d’ouverture sur le monde, pour reprendre le philosophe préféré de mon père et de ma chère belle-mère, Bertrand –Eric Lavisse ; bien sûr nous étions « résolument cosmopolites. Bien sûr tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier » nous était « étranger, voire odieux ». Nous n’avons jamais vibré pour l’hymne national, ou une quelconque culture européenne fantasmée, notre truc c’était Kanye West, le football, et Star Wars. C’est à dire ce qui touche vraiment le monde de Soweto à Brest en passant par Pékin et Los Angeles ! Pourquoi s’embarrasser de patries quand le monde est à nous, vaste, illimité, offrant des palaces plus beaux les uns que les autres à chaque nouvelle escale ! Le monde est un hôtel, dans lequel il fait bon vivre. Tant pis pour ceux qui meurent aux remparts de nos forteresses de verre et d’acier, ils n’avaient qu’à réussir leurs vies ! Félicien enchaina diverses expériences professionnelles, tour à tour producteur de rap et référenceur de sites pornographiques sur l’internet naissant, il devint par la suite responsable des relations publiques de grands de ce monde, notamment Lance Orson-James de L’Auréole et même directeur de communication de l’International Herald Tribune en truquant son curriculum vitae ! Je ne devrais pas approuver cette conduite, et je ne dirais pas à mes enfants de l’imiter, mais je la regarde désormais avec tendresse, quelle audace formidable tout de même ! Ce dernier emploi lui révélera sa vocation d’organisateur de dîners mondains « trendies » et de facilitateur de « big business », mais aussi de penseur de la modernité. D’abord, il a fondé avec son frère, Martinus, la société « Marx et Marx » qui sera en charge de l’organisation des « Dîners de l’Atlantique », lesquels ont révolutionné le dîner mondain traditionnel, finies les vieilles barbes, place à la transgression, rappeurs et actrices côtoieront alors grandes fortunes et courtisans de l’époque. Bill Gates lui-même se rendit à l’un des dîners, trinquant gaiement en compagnie d’un boxeur professionnel et d’un « street artist » de renom ! Viendront plus tard les « Emerging Times Dinners », soutenus par Christian d’Emargement, qui était le président directeur général de Bingo. Imaginez un PDG « twerker » avec la « socialite » Lindsay Lohan, ah c’était le bon temps. Mais tout ça n’est rien en comparaison de la suite, car c’est après que Félicien se mettra au service du monde, s’oubliant parfois trop lui même, et se mettant en danger en raison du caractère fortement subversif de ses prises de position. L’acte fondateur de cette révolution intellectuelle prit la forme d’un pamphlet, depuis rentré dans l’histoire, son titre : « Barrez vous ! ». Pour l’occasion, je me dois d’ailleurs de saluer ce grand journal de gauche, pourtant adversaire de mon père en ce temps, car il a œuvré pour l’apparition de l’homme indifférencié et le renforcement du libéralisme financier. Oui,  je salue L’Enfermement ! Je dois aussi saluer Marmoud Choura, co-signataire, et le trop méconnu Reckless, rappeur et membre du groupe  mythique « Deb Connexion ». Ils ont, pour l’occasion, franchi une limite, ils ont annoncé que la France en tant que nation, était en déclin, que l’Europe n’était plus une puissance d’avenir et qu’il fallait en partir, car les patries ne représentent rien, comme nous le savons aujourd’hui ! Et nos trois hommes de conclure leur manifeste : « Jeunes de l’Hexagone, ce n’est pas uniquement votre pays de naissance qui est vôtre mais le monde tout entier. Faites-vous violence si nécessaire mais emparez-vous-en. Il y va de votre avenir. Et de celui de la France. ». Oui le salut de la France était dans l’oubli de l’être de sa civilisation, dans l’oubli de ce qu’elle est, il fallait trahir la France pour mieux l’embrasser, ou comme le disait le groupe « Tandem 93 Hardcore » : « je baiserai la France jusqu’à ce qu’elle m’aime ». Il fallait baiser la France, ils l’ont fait et regardez maintenant nous sommes une province du Nouveau Monde Unifié ! Une splendide province dédiée au tourisme et à une économie du plaisir hédoniste, qui attire les plus grandes fortunes arabes et chinoises. Et pour ça, nous devons remercier mon ami Félicien, son aide fut précieuse, son influence fut décisive. Maintenant je vais me taire et laisser place à un hommage visuel et musical, lequel, plus que mon discours, symbolisera ce Nouveau Monde, que nous avons bâti tous ensemble. Voici un trio de chanteuses hautes en couleurs et diablement séduisantes, Beyonce, Lourdes Ciccione, plus connue sous le nom de « Mini Madonna » et enfin Paris Jackson accompagnée du clone de son père Michael, désormais ouvertement transsexuel, pour une interprétation electro pop tibétaine de l’Ave Maria ! Vive la fête, vive le(a) fomme, vive le bonheur individuel ! »

 

                                                                        

Peut-être aurez-vous reconnu, cachés sous leurs pseudonymes ces « Nouveaux Apatrides » qui font le monde dans lequel nous vivons. Narcissiques, infatués, déconnectés du réel, ils croient pourtant être nos supérieurs sur le plan de la morale. Pis, ils le font sans une once de cynisme, convaincus du bien fondé de leurs idées, persuadés qu’ainsi viendra un règne de paix universelle sous la bannière étoilée du consumérisme, et d’une immense nation mosaïque homogénéisée par la grâce d’une culture hédoniste et ludique.

Les peuples sont plutôt rétifs à ces changements

Si ce petit tour en 2046 semblera fort surprenant à nombre d’entre vous, tout ce que je décris existe déjà et se renforce quotidiennement. La globalisation provoque la disparition des cultures au profit d’une culture unique dont les référents récents sont exprimés par la musique « populaire », le cinéma hollywoodien ou la nourriture de « fast-food ». A Bali comme à Paris, les hommes sont soumis aux mêmes néo-imaginaires. Pourtant les fonds communs restent et les peuples sont plutôt rétifs à ces changements, attachés à leurs territoires respectifs car ils y vivent et n’ont pas les moyens financiers du nomadisme festif, qui reste pour lors une activité réservée au plus fortunés. Au vulgum pecus, les affres du multiculturalisme et des conflits qui en découlent. Aux autres, les privilèges de la naissance. Les mariages canins sont, dans cette courte anticipation, des événements mondiaux, les plus riches s’offrent des organes entièrement recyclés, et le monde est devenu une monoculture d’hommes transgéniques. Plus d’hommes ou de femmes mais le(a) fomme, un mélange des deux, qui n’appartient pas non plus à une ethnie. L’homme nouveau est totalement déconnecté de son passé et n’est plus enraciné nulle part. En l’état, mon constat est peut-être trop alarmiste, mais ces changements s’opèrent progressivement. D’ailleurs, plutôt que d’être humain universel, j’aurais pu décrire un « être vivant universel », car pourquoi nous différencier des animaux, eux aussi appartiennent au cycle de la vie, et il sera bientôt peut-être politiquement incorrect de les discriminer ! Alors que chaque homme est fort de sa différence, on essaye aujourd’hui de trouver les plus grands dénominateurs communs pour les réunir, au risque de voir disparaître les qualités essentielles de l’humanité. Je m’envisage d’abord par ce qui me spécifie, si je me sens Européen, c’est avant tout parce que je suis Français, et si je me sens appartenir à l’humanité, c’est avant tout parce que je suis du sexe masculin. C’est ainsi que je me projette dans le monde, pas autrement, et il en fut de même pour tous les hommes qui m’ont précédé pendant des millénaires. 

 

 Un journal comme Libération fait l’apologie du déracinement

 

Quand un journal comme Libération fait l’apologie du déracinement, de la fuite, tape sur la France et sur l’Europe, il ne fait qu’appuyer le projet inconscient de l’A-Patrie, par opportunisme ou par idéologie ; cette idée qui veut que la France serait un camping de bidonvilles pour les nomades du bas et un palace cinq étoiles pour les grandes fortunes. Les plus grandes célébrités contemporaines sont des « citoyens du monde », vivant entre une hacienda mexicaine et un loft à New-York. Ulysse aussi voyageait, mais il n’oubliait jamais qu’il devrait à terme revenir vivre dans sa patrie, nourrissant une profonde nostalgie pour son royaume. Aujourd’hui la faculté à communiquer et à voyager fait que le monde n’a jamais semblé aussi réduit. Rendez-vous compte qu’il était plus complexe d’aller de Limoges à Lyon il y a deux cent ans, que de se rendre à Tokyo depuis Limoges aujourd’hui. Un voyage était une aventure hors normes et les rares quelques qui se lançaient dans une vie errante en tiraient des romans, des poèmes, s’émerveillant à chaque étape. Lord Byron, Gérard de Nerval ou Arthur Rimbaud, ont nourri les imaginaires de leurs contemporains par leurs vies uniques et les œuvres qu’ils ont tirées de leurs expériences. Partir, y compris au fin fond de l’Antarctique, est, présentement, d’une affligeante et triste banalité. Et puis pourquoi partir, nous bien qu’il y a des plages au Brésil, des lions au Kenya, la muraille de Chine n’a plus aucun secret pour nous. Tout est visible sur Internet après tout. Quant aux hommes seront ils foncièrement différents les uns des autres ? Ont-ils toujours des spécificités et des cultures originales à revendiquer ?

 

Je ne dis pas qu’il ne faille pas voyager ou être sclérosé sur ses racines, mais qu’il convient de les respecter car cet enracinement des hommes est ce qui a fait d’eux des êtres civilisés, des bâtisseurs. Frédéric Mistral le résume parfaitement : « Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut », on ne construira rien sur les sables mouvants du nomadisme généralisé et de l’indistinction culturelle. Ce qui fait sens et lien entre les hommes est justement ce qui les différencie, pas le fait qu’ils aiment tous déjeuner au Mac Donald et se gaver de clips de R n’ B et de house-music sur MTV, l’intérêt du football est de voir deux équipes différentes avec des identités de jeu et des joueurs du cru, pas de voir deux équipes strictement identiques. Si la France devient la Côte d’Ivoire, qui sera elle même semblable au Japon, nous n’aurons pas rendu le monde plus grand mais plus petit, fade et ennuyeux. Pour le dire autrement, l’universel est propre à la nature humaine, et cela n’a rien de commun avec l’idéologie universaliste qui tend à l’uniformisation.

 

« Crois-tu que notre relation à Carla et à moi va améliorer le moral des Français ? » demandait Nicolas Sarkozy à son proche conseiller Patrick Buisson. Hier, la mairie de Paris s’interrogeait sur l’opportunité d’ouvrir Paris Plage aux nudistes, faisant peu de cas des places en crèches et du coût des logements… Nous sommes en 2016. Il vous reste 30 ans. Réfléchissez bien avant d’être balayés par l’histoire.