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Les Apatrides – Deuxième partie

La scène de fiction que j’imagine ici, vous l’avez certainement vécue, ou bien vos proches, pourtant elle ne sera jamais retranscrite dans sa froide et cruelle vérité. Vous n’y aurez jamais droit au cinéma, ou alors dans une version psychologisante qui servira d’excuse aux agresseurs, pas plus en littérature ou au théâtre. Le sujet est parfois abordé à la télévision par la grâce d’un Eric Zemmour, souvent rendu inaudible par les récriminations du public et des autres intervenants. Pensons à ce fameux monsieur tout le monde. Vous savez le Français moyen. Imaginons l’individu classique des grands centres urbains, un peu déconnecté du réel et animé des meilleures intentions. Jeune parisien trentenaire et bobo, il sort de son travail, tard, fatigué, et emprunte le métro parisien, mais avant il doit faire un détour et prendre la ligne 13, entre Saint-Denis et Châtillon-Montrouge, pour la première fois. Il s’appelle Thomas. Ce ne doit pas être aussi terrible qu’on ne le dit, seule la « propagande populiste » décrit cette ligne comme dangereuse. Thomas le sait bien : ce sont toujours les mêmes qui propagent leurs idées haineuses, les réactionnaires et autres conservateurs. Ils mentent, évidemment, tous les « savants » l’affirment. Essayant de se reposer après une dure journée, il ouvre le journal Métro, quotidien d’information gratuit. Les nouvelles viennent à lui, il n’a eu à produire aucun effort pour les chercher, même pas payer, l’opinion y est toute faite, il est bien confortable de s’y abandonner. L’édition du jour l’informe d’une initiative pour aider les « jeunes de quartiers ». Ces pauvres damnés de la terre n’ont eu aucune chance dans l’existence, il sent qu’il est de son devoir de les aider. Et puis Omar Sy ou Zinedine Zidane sont les personnalités préférées des français, des modèles de réussite.

 

Omar Sy ou Zinedine Zidane sont les personnalités préférées des français, des modèles de réussite.

 

 

Des jeunes des « quartiers » s’avancent et prennent position dans la rame, tous habillés de l’uniforme officiel des « lumpen-prolétaires » contemporains : sweats à capuche, jeans délavés, bonnets aux couleurs d’équipes de football américain, baskets montantes Nike ou pour les plus malins Dior Homme, sacoches de marque Louis Vuitton. La même tenue de New York City à Londres en passant par Berlin, l’armure du consommateur voyou. L’habit ne fait pas le moine, c’est bien connu, non ? Notre jeune urbain est lui vêtu d’un costume gris Zara, manufacturé, terne. Il revêt lui aussi un uniforme mondialisé, celui du travailleur du tertiaire. Il a lu qu’il n’avait rien à craindre, que l’insécurité n’était qu’un fantasme, issu de l’imagination du peuple, des gens de la campagne, paranoïaques et arriérés. Il n’a donc pas à s’en faire. Régulièrement les médias s’en font l’écho ; ceux qui craignent l’immigration seraient ceux qui ne la côtoient pas, ces populations rurales ou péri-urbaines, ces déclassés dont se moque éperdument le cénacle dirigeant. Haro sur le prolétariat, trop franchouillard, trop enraciné, immobile et condamné, pour Thomas ça ne fait aucun doute, ce peuple là, cet ordre des laboratores est voué à disparaître puis à se fondre dans la petite bourgeoisie globale. Ces jeunes sont venus en paix, c’est évident. Pourtant la bande n’a pas l’air animée de bonnes intentions. Ses membres sont rigolards, animés d’une confiance propre aux clans soudés. Les regards fusent. Une tension s’installe, indescriptible, impalpable. Un malaise, et des « mal-êtres » qui correspondent. Les passagers observent, un peu craintifs, cette petite troupe. Un téléphone portable fait office de « sound-system », diffusant un morceau du rappeur Booba, bande sonore vivante d’une agressivité vide, d’une spiritualité creuse. Les jeunes ne sont que la résultante d’une éducation défaillante. Voyous monstrueux de narcissisme, pris entre des cultures qui s’opposent, sans racines. Une triste partition qui ne les exonère pourtant pas de leur responsabilité dans les événements qui vont suivre.

 

Privilégié d’être né dans un pavillon quand d’autres vivaient en appartements

 

La vie se regarde de l’extérieur, chacun des passagers semble désincarné, comme vidé de son âme, jouant le rôle qui lui est assigné par l’industrie du rêve. Monsieur tout le monde jouera le sien, celui du « babtou » dit fragile, du faible. Il ne peut pas se défendre car on ne le lui a jamais enseigné. Séparé de son être propre, inconscient de son histoire, il est victime et coupable ontologique à la naissance. Victime car il n’aura pas la force de se protéger des attaques qu’il subira. Coupable car on lui a tant répété qu’il était un privilégié d’être né dans un pavillon quand d’autres vivaient en appartements dans les « quartiers », qu’il s’est persuadé d’être sorti de la cuisse de Jupiter en personne, d’être un « béni de la terre ». Plus probablement un béni-oui-oui, même s’il feint de l’ignorer. Ses parents le furent d’ailleurs avant lui. Il les admire terriblement car ils ont fait mai 1968 et ont combattu pour un monde meilleur avec Daniel Cohn-Bendit et tant d’autres héros.

 

Il est aussi convaincu que son peuple est le responsable de tous les maux de l’histoire, il en a développé une haine de son être, un ethno-masochisme acquis. Il n’est qu’un colon, encore et toujours, y compris chez lui. Cela, on le lui a appris dès l’enfance, à l’école, à la MJC. Tous le lui ont répété : professeurs, animateurs de centres aérés, coachs sportifs, journalistes, hommes politiques. Le ministre de la Justice Christiane Taubira l’assène sans cesse. Elle est une femme formidable, elle a tenu bon sous les assauts répétés des forces du mal, elle a permis une grande avancée des droits de l’homme : le mariage homosexuel. Cet imbécile d’Eric Zemmour a trouvé ses discours plus emphatiques que lyriques. Thomas, lui, la trouve brillante.

 

La rame résonne des mots de Booba :

 

« Le destin fait la loi, sélection naturelle

Ma mère c’est mon père, j’suis number one pour elle

L’argent, le pouvoir, c’est le nerf de la guerre

J’vais la faire, la gagner pour la chair de ma chair

Je n’veux pas qu’on m’enterre au Père Lachaise

Doré est le trône, électrique est la chaise

Gorée c’est ma terre, l’égalité c’est ma lutte

Je combats contre moi-même, je perds c’est ma chute

Si t’es sérieuse t’es ma meuf, sinon t’es ma pute »

 

Thomas observe les jeunes filles qui se tiennent près de lui, elles semblent inquiètes. Jolies, bien habillées, deux étudiantes sages apprêtées pour une sortie. Pris dans sa rêverie, il tente d’analyser les paroles qu’il a entendues. Ce Booba, parle de sélection naturelle, de sang, de chair, de réussite individuelle, d’accomplissement personnel. Chez lui, cela semble passer par la destruction de ceux qui s’opposeraient à sa volonté. Il veut de l’argent. Il veut le pouvoir. Coute que coute, quitte à mourir pour ça. Il parle aussi de sa patrie charnelle, de sa famille, du Sénégal et de l’esclavage de ses ancêtres. Il en vient aux femmes qui si elles sont sérieuses, sont à lui, respectables, et peuvent appartenir au clan, avoir droit au respect. Les autres sont ses putes, il peut en user et en abuser comme bon lui semble. Mais il ne peut être coupable de quoi que ce soit, c’est un damné de la terre, il est la victime officielle de gens comme Thomas. Monsieur tout le monde est un criminel de guerre de naissance, ni plus, ni moins. Tous les descendants d’Européens le sont aussi. Booba et les jeunes du métro ont droit à tout, ils peuvent dépouiller tous les passagers, ils en ont le droit par la naissance ; voire le devoir d’un point de vue trotskyste, les communistes révolutionnaires de bacs à sable ayant longtemps fait de l’immigré l’idiot utile d’une cause qui l’indiffère. Aujourd’hui c’est le grand libéralisme anglo-saxon qui se charge de détruire l’ancien monde, mais au fond quelle différence ? Le résultat est identique.

 

Thomas a vu les interviews de plusieurs figures du rap sur Canal +, il sait bien qu’ils sont héroïques. Ce sont des « célébrités ». Ces poètes contemporains, à la gouaille célinienne, sont des références des lettres, de la musique. Des gens raisonnables, des intellectuels autodidactes, leurs paroles sont étudiées dans les plus grandes universités.

 

Akhenaton est « posé » comme on dit de nos jours, c’est à dire qu’il s’exprime calmement. Les propos qu’il tient semblent censés, lui c’est un gentil. Regrettant que les rappeurs parlent d’argent, il préférerait qu’ils parlent de leur « misère sociale » et de leur identité réelle. Il a raison, c’est plus habile.

 

Il y a aussi Mademoiselle Diams, une jeune fille consciente. Tout le monde a en mémoire son passage dans l’émission « Le Grand Journal », moment lors duquel elle s’est courageusement affichée pour la première fois en public avec un voile islamique. Elle avait interprété, un chef d’œuvre poétique, la chanson « Marine », une belle chanson pour lutter contre les « méchants », ces français qui obstinément refusent qu’on leur impose des pratiques qui leur paraissent incompatibles avec leur civilisation. Diam’s cherchait précédemment un « mec mortel », elle l’a trouvé en se convertissant à l’islam. D’origine chypriote, elle donne un bel exemple aux jeunes françaises en portant fièrement l’étendard de sa foi, montrant qu’aujourd’hui on est d’abord ce que l’on devient. Simone de Beauvoir eut apprécié cette évolution. N’est-ce-pas ?

 

Thomas aime bien Diam’s mais celui qu’il préfère est Joey Starr. Un mythe qui a fait la couverture des Inrockuptibles, journal de référence pour tous les intellectuels français dignes de ce nom. Rappeur extraordinaire, personnage marginal mais si attachant, enfin c’est ce qu’on lui a dit. Il le croit, pourquoi lui mentirait-on ? Didier Morville joue tout de même dans un film de Frédéric Beigbeder, « L’amour dure trois ans ». Il a aussi eu droit à un hommage gênant par Mathilde Seignier, fille et soeur de, elle-même actrice, durant une Cérémonie des Césars. Il méritait le César du second rôle à la place de ce ringard de Michel Blanc. Son passé judiciaire est loin derrière lui, désormais solidement installée dans la respectable intelligentsia germano-prantine. Ses frasques, comme l’agression d’une hôtesse de l’air, la maltraitance de son singe de compagnie, ou les violences conjugales, apportent un peu de piquant à sa personnalité. Donc pour lui, ça ne fait aucun doute, les rappeurs diffusent des messages positifs, et même si les paroles de Booba, que crache le téléphone mobile, lui ont paru un peu inquiétantes, il n’est pas plus troublé que cela. Il a des raisons objectives à le penser.

 

Survient alors l’incompréhensible, l’inattendu. Les jeunes filles sont prises à partie par la bande de jeunes, le premier trait est lancé par le trublion du groupe, il ressemble un peu à l’humoriste Jamel Debbouze, tchatche d’enfant des quartiers « populaires » :

 

-             « cette biatch, une petite babtou qui se donne »

 

Le reste du groupe s’esclaffe, celui qu’ils appellent l’ « ancien » rétorque :

 

-    « abuse pas, avec ta face tu vas pas grater du love »

 

Vous êtes outrés par la teneur des propos ? C’est pourtant la réalité quotidienne de nombreux Français des années 2010. Et il ne sert à rien de rester plongés dans les songes ouatés d’un monde en paix, je ne me gêne donc pas pour retranscrire les propos exacts qui pourraient être tenus dans un tel contexte.

 

La violence des mots

 

Monsieur tout le monde, quant à lui, est ahuri par la violence des mots qui sortent des bouches de ces jeunes garçons, il ne les comprend pas totalement mais il sent en lui-même que leur nature est agressive. De son côté, la jeune fille n’est pas trop surprise. Elle a ’habitude et sait donc à quoi s’en tenir. Rapidement, elle baisse la tête comme pour se cacher, s’excuser d’exister. Elle cogite, se dit qu’elle aurait peut-être pu porter une tenue plus sobre, sa jupe étant certainement jugée provocante. Elle se sent coupable d’avoir pu provoquer leur ire malsaine, leurs rires cyniques. Notre homo oeconomicus contemporain, comme aimait à le qualifier le défunt Jean Baudrillard, hésite encore à intervenir. Doit-il rappeler à ces garçons la correction élémentaire lorsqu’on s’adresse à une dame ? Il n’est pas préparé à une situation durant laquelle il devrait faire usage de sa force physique. Pour lui, tous les hommes sont identiques et bons par nature. Il tente néanmoins une approche pour pacifier la situation, il est un homme de paix, frère de tous :

 

-             « les gars calmez vous, soyez plus peace, elle a pas l’air trop à l’aise la nana »

dit-il en esquissant un demi sourire qu’il suppose à même d’amadouer ces interlocuteurs un peu inquiétants.

 

Le groupe est pris d’un énorme fou rire, puis les rires s’étouffent, les regards se font beaucoup plus durs, presque haineux. L’ancien fait craquer ses doigts dans la main, et hausse ses sourcils en une mimique difficile à décrire. Amusement ou franche colère ? Il finit par prendre la parole :

 

-             « qu’est c’ tu veux gros bouffon ? Tu t'es pris pour qui bâtard ? T'as cru que t'es Pascal le Grand Frère ? Tu vas crever si tu fermes pas ta gueule Dégage ou je t'explose putain de face de craie. »

 

Thomas ne comprend plus rien, tiraillé entre plusieurs instincts contradictoires. Se défendre ? Répliquer ? Pire, se battre ? Les insultes sont très violentes. Elles le touchent dans ce qui lui reste de virilité, d’ego. Se taire car il a peur ? Il est seul, et personne ne prend sa défense. Et puis surtout, il ne peut admettre ce qu’il a entendu. Il n’y croit pas. C’est un cauchemar, un mauvais rêve duquel il va vite s’échapper. Il n’y a pas de différences entre les hommes, il n’y a qu’un homme, nous sommes tous des citoyens du monde. Nous vivons ensemble. Nous ne sommes pas séparés par des barrières ethniques, culturelles, religieuses ou sociales. Leur pauvreté les vexe peut-être. Monsieur tout le monde est riche, il a un travail qui lui rapporte 2500 euros nets par mois. C’est beaucoup plus que la moyenne nationale. Les parents de ces enfants doivent probablement travailler très durement pour une misère et ces garçons sont obligés de voler pour se vêtir décemment, et accéder aux marques de luxe qui les font légitimement rêver.

 

Il se décide à continuer de tenter de les ramener à la raison. Nous sommes tous frères, se répète-t-il tel un mantra, nous sommes tous frères. Pourtant ils le croient raciste, et lui même se met à le penser, en effet il a peut-être eu une attitude arrogante face à ces jeunes. Une attitude inconsciente de colon, il est génétiquement prédestiné à être mauvais, à n’être qu’un prétentieux, un esclavagiste.

 

Pas un instant il ne s’interroge sur le double langage de la pensée dominante. Pas un instant, il ne se dit pas qu’il est paradoxal qu’il soit lui même prédestiné à être perçu comme un être malfaisant et dominant, alors que tous les jours on lui rappelle qu’il n’est fils de personne, que chaque homme est souverain de lui même, sans rien devoir à une patrie, qu’il n’y a pas des hommes mais un homme. Que tous, nous sommes les « mêmes ». Qu’aux autres, nous sommes forcément identiques, équivalents dans les traits essentiels. Pourquoi lui font-ils alors sentir sa différence ? Pourquoi affirment-ils leurs particularités avec tant de force ? Thomas n’était pas préparé au réel. Il est trop effrayant, trop déstabilisant de l’envisager. Confusément néanmoins, il se doutait que ça pouvait arriver, mais que ça n’arrivait qu’aux autres. A ceux qu’on ne veut plus voir, ceux qui vivent avec eux, dans le « vivre ensemble ». Ces gens bourrés de préjugés, ces racistes de tous les jours, qui ont peur de s’ouvrir au monde, qui refusent de s’intégrer à ces nouveaux corps sociaux.

 

Sa tentative de négociation échoue, il essaye dans un geste de défense apeuré de placer ses mains devant son visage. Mais il est trop tard, le premier coup l’atteint en pleine tête, puis d’autres coups s’enchaînent, avec une violence infernale, aveugle. Ils ne cherchent même pas à le voler, ils s’acharnent sur son corps désormais meurtri. L’agression est gratuite, pour le plaisir, pour le « fun ». Les dents de Thomas se brisent, son sang coule, sa chemise blanche rougit. Il pleure, tétanisé d’effroi, les supplie d’arrêter. Il se sent minable, moins qu’un homme, à peine mieux qu’un chien. Rien n’y fait, il est pour ces jeunes l’incarnation vivante d’un « bouffon », un sous homme que personne n’aidera. Ils le laissent par terre, et partent en riant, reprenant tranquillement leur train-train quotidien. Les jeunes filles se sont enfuies, elles n’ont même pas eu l’idée de remercier celui qui les a aidées, comme il le pouvait. Elles ont eu trop peur, et ce qui s’est passé est finalement banal, habituel.

 

Thomas ne portera pas plainte, il ne souhaite pas avoir des ennuis, et puis il n’a que deux dents cassées et une côte fêlée. Plus de peur que de mal en somme. Cette agression ne le fera pas changer d’avis, ne bousculera pas ses convictions. Le matraquage idéologique est trop fort, tout juste aura-t-il un peu plus d’appréhension à prendre certaines lignes de métro. Il se sent toujours coupable d’exister, son être est universel, il ne peut s’envisager d’aucune patrie, son terrain de jeu est le monde. Et il est persuadé que tout rentrera dans l’ordre lorsque ces jeunes gens auront un travail et le bonheur matériel.

 

Les jeunes mineurs ne seront pas inquiétés, pas même rappelés à l’ordre. Personne ne les a vus, ils n’ont rien fait. L’un d’entre eux deviendra même une grande star du football, adulé des amateurs de ce sport. Un demi dieu des stades, icône virile et athlétique de notre pays. Ils sont pris entre deux possibilités d’existence, étrangers ici, étrangers là bas. De la même façon que monsieur tout le monde, ils sont apatrides, et ne vivent que par leurs états, leur situation présente, leur volonté de posséder. Ils ne se trouvent pas en conformité avec leurs êtres propres. Décalés entre l’attachement à leurs patries charnelles et spirituelles et leur identité légale qui affirme leur appartenance à une autre « patrie », qui n’en est plus une et qui flatte leurs patries originelles pour éviter le conflit. Difficile de se situer dans ce maelstrom identitaire. L’Etat français et le pouvoir ont une immense responsabilité dans cet échec, ils n’ont pas réussi à faire de ces gens des français fiers de l’être.

 

Pourtant tout va bien, c’est la « télé qui le dit ». Les inquisiteurs y ont paré, ils ont réponse à tout. On les voit partout, ils ont pignon sur rue, faisant et défaisant l’opinion comme bon leur semble. Ils arrivent même à faire croire que la réalité n’existe pas, qu’elle n’est que le produit de nos fantasmes craintifs. En vérité, c’est leur interprétation de la réalité qui est l’expression de leurs fantasmes de soumission à l’autre, à celui qui serait censé revitaliser une Europe moribonde, car eux mêmes sont déjà morts au fond.

 

Ils nous laissent entendre que si nous pensons différemment, ce n’est pas parce que nous avons raison, mais parce que nous sommes biaisés dans nos jugements. Ils arrivent avec des statistiques toutes prêtes, des enquêtes d’opinion, des sondages. Pour nous rassurer, nous inquiéter, tout dépend du but. Face à cet arsenal, cette batterie logistique, que peut faire le brave monsieur tout le monde ? Si des gens plus intelligents que lui disent qu’il a tort, il ne peut être dans le vrai, qu’est ce qu’il y connaît après tout. Eux sont les maîtres de la raison, les clercs officiels, la pensée à suivre. Ils sont les dispensateurs généreux de la vérité universelle, de la loi de l’homme.

 

Cette mini-fiction, n’en est pas une, comme je vous le disais au départ. Peut être même vous a-t-elle paru familière. Cela arrive tous les jours dans notre pays, mais aussi chez nos voisins européens, néerlandais ou anglais par exemple. Il s’agit d’une terreur quotidienne. Pour nos maîtres, les intellectuels et les savants, ce qu’a vécu Thomas n’existe pas. En effet, ils n’ont jamais expérimenté une telle chose. Une simple anecdote, qui n’a pas valeur de preuve. En un sens, c’est exact, on ne peut pas gouverner un pays par l’émotion, par le sentiment et le « on dit ». Mais qui a commencé ? Qui a instauré l’abstraction du « on » ? Peut être ceux qui crient au loup, à chaque « raciste », à chaque « mal-pensant », ont-ils eux aussi une part de responsabilité ? Quand ils pleurent à chaudes larmes, sur le sort de clandestins dans l’illégalité, en accusant les français d’être insensibles, ils font pareillement du « on dit ». D’ailleurs Thomas a plutôt été courageux de s’opposer, même maladroitement, à l’arbitraire de la rue. En effet, une actualité récente, a prouvé qu’une femme peut se faire violer et menacer de mort, par un homme ivre seul, sans que personne ne daigne s’en soucier, alors qu’il suffisait simplement d’appuyer sur un bouton d’alarme laissé là à cet effet. Cela s’est notamment produit à Lille, en 2014. Le témoignage de la victime est effrayant : « J’avais peur. Il m’a dit que j’étais une pute, qu’il allait appeler son cousin, qu’ils allaient me violer à plusieurs ».  Plus de 30 minutes d’agression, aucune aide. Un chien battu eut probablement suscité plus de compassion, mais les passagers devaient être trop occupés à des jeux sur leurs smartphones ou à scruter à la loupe les dernières nouvelles des pipoles.

 

Ces agressions ne reçoivent pas l’attention médiatique, mais surtout intellectuelle, qu’elles méritent. Un autre fait divers récent l’a confirmé. En 2014, une jeune fille de 18 ans a été violée, en sortant du RER, dans la ville d’Evry, fief de Manuel Valls, le champion de la « sécurité ». Quatre jeunes hommes, de 13 à 17 ans, dont trois Turcs et un Marocain, l’ont enlevée pour lui faire subir les pires sévices :  violences physiques et morales, crachats, actes sexuels. Ils lui ont même uriné dessus, pour signer leur barbarie d’un acte de mépris total. Aucun grand média, hormis Valeurs Actuelles, n’a cru bon de relater cette histoire, elle était un peu trop « nauséabonde », difficile à traiter. La particularité de ce crime, outre les actes particulièrement ignobles, tient à la déclaration d’un des accusés. Le jeune sociopathe a tenu à faire valoir, pour s’exonérer de son crime, que ses comparses et lui n’auraient pas violé la jeune fille si elle avait été Turque. Pour eux, une Française d’origine européenne et une pute, ce qui renvoie par extension au rappeur voyou Booba, dont je livre un extrait ci-dessus. On comprend mieux maintenant ce qui a retenu les journalistes, pas facile de traiter ce racisme, car il s’agit d’une population normalement brimée et objet de toutes les attentions, gare à la « stigmatisation ». En attendant, ceux qui portent les stigmates de cette violence, et qui en sont les martyrs, ce sont les français du quotidien, devant gérer seuls une violence de tous les jours, qui ne suscite aucune indignation médiatique, aucune larme compassionnelle des propagateurs d’amour. Pas une féministe pour condamner, personne n’ira pleurer sur le sort de cette demoiselle, le sujet est trop sensible car il faudrait révéler publiquement une réalité douloureuse. Les Français n’ont pas de légion d’honneur identitaire à faire valoir, car ils appartiennent à un peuple supposément bourreau.

 

 

Ce monsieur tout le monde qui travaille, paie ses impôts, doit payer les études de ses enfants, et voit son niveau de vie diminuer d’années en années ; est en outre l’obligé de gens qui s’installent sur son territoire en dépit du droit, illégaux, et protégés par toute une cohorte d’associations subventionnées. Parfois les ministres s’y mettent, les députés, tout le monde tape sur le monstre, celui qui n’existe que pour produire et s’oublier : le Français dit de souche, et, avec lui, le Français assimilé d’où qu’il vienne, qui, s’il est trop patriote, finit par lui aussi se faire insulter. Seule Kim Kardashian semble susciter la pitié. Vous, non.