Retrouvez Polic Région sur Facebook Retrouvez Polic Région sur Twitter Retrouvez Polic Région sur google + Retrouvez Polic Région sur Flickr Retrouvez Polic Région sur Youtube

La droite occitane commence à se diviser : Analyse
Haute-Garonne / Législatives, le grand flou
Faisons connaissance Mr Méric ! Portrait d'un "atypique libre"
Gilles Verdez publie un brûlot politique. Interview
L'Occitanie ... En marche ? Enquête de PR

François Hollande vote-t-il pour François Hollande ?

À la lecture d'« Un Président ne devrait pas dire ça », très étrange livre de confessions recueillies par les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme, on est en droit de se demander si François Hollande voterait aujourd’hui pour François Hollande. Celui qui se surnomme lui-même le « spectre de l’Elysée » dévoile des convictions très éloignées de celles dont il fait publiquement l’étalage, notamment sur les questions de l’immigration, de l’islam et de l’identité nationale. Tel Ivan Ilitch à la veille de sa mort, François Hollande dresse le bilan de près cinq années de présidence qu’il semble avoir vécues de l’extérieur, comme étranger à sa propre fonction. Le Président Hollande n’est pas François Hollande, au chef suprême de la République répond le premier secrétaire du Parti socialiste, jamais sorti de ses années d’étudiant à l’Ecole nationale d’administration qui furent pour lui un enchantement et un aboutissement. Quand les journalistes l’interrogent, l’homme voit de possibles sauveurs, capables de graver dans le marbre littéraire un quinquennat frappé par les drames et l’impopularité chronique du fils désigné par le roi fainéant Jacques Chirac. Le parallèle avec l’immortel chef d’œuvre de Tolstoï est édifiant : « Le célèbre médecin se retira avec une mine sérieuse mais non décourageante. Lorsqu’Ivan Ilitch, les yeux brillants de crainte et d’espoir, lui demanda s’il y avait une chance de guérison, il répondit qu’on ne pouvait rien affirmer, mais qu’il y avait des chances. Il y avait quelque chose de tellement pitoyable dans le regard d’espérance qu’Ivan Ilitch lança au médecin, que Prascovie Fedorovna ne put retenir ses larmes en sortant du cabinet pour remettre ses honoraires au célèbre docteur. » Malade dans les sondages, François Hollande s’est longtemps accroché aux souvenirs glorieux des remontées sur le fil de François Mitterrand en 1988 et de Jacques Chirac en 2002. Tous deux étaient aussi condamnés mais ils ont su s’accrocher à un mince espoir qui fait aujourd’hui défaut au Président, confronté à trop de difficultés majeures dans le pays et aux frondes fomentées par les nombreux ennemis qu’il s’est fait dans sa famille politique. Fini. Il est fini. Il aura néanmoins pu livrer un témoignage édifiant sur sa vision du pouvoir et de la France de 2016. Témoignage d’autant plus étonnant qu’il sera publié durant son mandat, quelques mois avant les élections. En fait de bouée de sauvetage du candidat Hollande, l’ouvrage sera le dernier clou planté dans le cercueil de ses illusions perdues.
 
L’impopularité chronique du fils désigné par le roi fainéant Jacques Chirac
 
Je ne vais pas m’intéresser ici aux nombreuses, et parfois savoureuses, petites phrases assassines lâchées par François Hollande au cours de ces 100 heures d’échanges avec ses visiteurs du soir. Selon moi, les déclarations les plus intéressantes concernent les sujets tabous de notre époque, plus précisément ses propos relevant de la politique d’immigration au sens large. Qu’a donc pu déclarer le Président, suscitant le courroux d’une partie de ses ministres les plus fidèles ? En guise d’introduction, citons François Hollande s’interrogeant sur le succès de ces auteurs abusivement qualifiés de « néo-réacs » : « Quand on lit Finkielkraut, Zemmour, Houellebecq, qu'est-ce que ça charrie ? Toujours la même chose, la chrétienté, l'histoire, l'identité face à un monde arabo-musulman qui vient… C'est ça qui fait que les gens basculent, ce n'est pas parce qu'ils ont perdu 3 % de pouvoir d'achat - qu'ils n'ont pas perdu d'ailleurs! - ou parce qu'ils sont chômeurs. Il y a des choses qui les taraudent, ils arrivent dans un train, ils voient des barbus, des gens qui lisent le Coran, des femmes voilées…» Si la phrase est mal tournée, il y a de l’idée. En quelques lignes, le socialiste explique que la France ne ressemble plus tout à fait à la France et que vous pourriez vous croire à Bagdad en empruntant les transports en commun. Il va même un peu plus loin en jugeant que les Français pourraient se détourner de lui, ou des partis dits classiques, parce que leur crainte principale serait le changement de population, de culture, menaçant à terme notre bien commun qu’est la nation. L’aveu est de taille de la part d’un président socialiste en exercice ! Multipliant les saillies contre la politique qu’il a lui-même pour partie menée, François Hollande dit ainsi à propos de l’intégration des populations extra-européennes en France : « Il y a à la fois des choses qui marchent très bien et l'accumulation de bombes potentielles liées à une immigration qui continue. Parce que ça continue. » Eh oui, « ça continue » par sa faute ! François Hollande voudrait-il dire que chaque camp de « migrants » qu’il installe serait une « bombe potentielle », que les 200.000 immigrés légaux qui viennent tous les ans en France le seraient pareillement ? Il l’avoue d’ailleurs lui-même, jugeant à propos de la crise des « migrants » : « On ne peut pas continuer à avoir des migrants qui arrivent sans contrôle, dans le contexte en plus des attentats. » En suivant, François Hollande se fait l’avocat de … Nadine Morano : « Je suis convaincu que, quand on interroge les Français, ils sont majoritairement sur sa position. (…) Ils pensent : on est plutôt des Blancs, il y a plus de Blancs que d'autres. » Pour le moins étonnant. À ce propos, François Hollande estimant que le voile islamique est un « asservissement », on serait en droit d’attendre qu’il expulse manu militari l’agitateur algérien Rachid Nekkaz qui s’est fait fort de défendre les enburkinées qui refusent de payer leurs amendes…
 
Le chef de l’Etat avance l’hypothèse de la guerre civile
 
Creusant son sillon, le président développe son propos : « Je pense qu'il y a trop d'arrivées, d'immigration qui ne devrait pas être là. » Puis, plus fort encore, digne d’un émule de Viktor Orbán, le Président s’emporte : « C'est Sisyphe ! On les fait parler français, et puis arrive un autre groupe, et il faut tout recommencer. Ça ne s'arrête jamais (…). Donc, il faut à un moment que ça s'arrête. » Bien informé, le « spectre de l’Elysée » estime le seuil de tolérance aux migrations de peuplement largement dépassé.  J’y vois aussi une indication pour les générations futures : seule une politique d’immigration zéro nous permettra de sauver le pays.  Pourquoi ? Tout simplement parce que l’intégration est en panne et que les exécutifs qui se sont succédés n’ont pas trouvé de solutions pour y remédier. J’ai gardé le meilleur pour la fin. Ou le plus terrible, c’est selon. Pour la première fois dans notre histoire, le chef de l’Etat avance l’hypothèse de la guerre civile : « Comment peut-on éviter la partition ? Car c'est quand même ça qui est en train de se produire : la partition. » Il faut lire très attentivement ce qui est écrit ici. François Hollande admet qu’une France hors la France est née. Pour durer ? Certainement. Récemment, j’écrivais sur Boulevard Voltaire  que l’un des destins possibles du pays, en dehors d’une balkanisation, tiendrait dans une mort lente et silencieuse causée par le renoncement de l’Etat à garantir l’ordre public. Bientôt, la montée généralisée de l’insécurité, principalement causée par l’immigration de masse, accentuera le processus de fermeture de nos sociétés. Les inégalités d’existence ne cessant de se creuser, la possibilité de vivre en paix chez soi sera redevenue une ressource essentielle que seule une élite économique sera toujours en mesure de s’offrir. D’où l’émergence de quartiers fermés, transformés en forteresse. La partition est une réalité en construction. Etait-ce donc ça l’utopie socialiste qu’a farouchement défendu François Hollande durant l’intégralité de sa carrière politique ? Une France multiculturelle rongée par les divisions ?
 
L’utopie socialiste qu’a farouchement défendu François Hollande                                                             
 
Le sénateur Luc Carvounas, proche de Manuel Valls, a réagi à la publication de ce livre : « Ce n’est pas un livre-bilan, c’est un livre-testament. On s’est ramassé un seau d’eau froide sur la tête. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait? Comment le défendre ? » Oui, le testament de la Vème République pourrissante, exactement comme le décrit Patrick Buisson dans « La cause du peuple ». Les élites du Parti socialiste sont beaucoup plus choquées par les conséquences politiques du livre à brève échéance que par son contenu, preuve de leur peu de considération pour la France. En cela,  ils ne diffèrent pas de leur chef tant décrié. Lorsque Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur, affirme qu’il est « temps d’ouvrir les yeux », il ne parle pas du chaos qui s’annonce mais de l’élection présidentielle de 2017. Sont-ils naïfs ? Cyniques ? Un peu des deux en même temps ? Pour ce qui concerne François Hollande, je n’ai toujours pas tranché. Sa lucidité nouvellement acquise ne trahirait-elle pas une forme d’acte manqué, de suicide politique ? Rêve-t-il secrètement d’une France restaurée par un pouvoir fort, identitaire, souverain et ancré dans l’histoire ? Pense-t-il que tout est définitivement perdu ? Difficile à dire. Une chose est certaine cependant : la réalité confirme les analyses des Cassandre. En exerçant le pouvoir, du moins durant les rares moments où il a daigné travailler, François Hollande l’a compris.
 
Entendez ce Président qui a tout raté. Au crépuscule de sa vie politique, avant l’inexorable mélancolie qui s’emparera de lui quand il devra quitter les ors du palais de l’Elysée, François Hollande est redevenu un homme normal à défaut d’être un Président extraordinaire, saisissant fugacement en une vision prophétique la cruauté de notre avenir si nous ne faisons rien pour en enrayer la marche. Il reste encore un espoir : démettez-les avant qu’il ne soit trop tard
 
 
Mots clés: