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Louis Lareng, Hippocrate pour la vie

Le 14 juillet dernier, le Journal Officiel publiait la liste des 654 personnalités décorées de la Légion d'Honneur au titre de la deuxième promotion civile de l'année. Parmi les chevaliers, officiers, commandeurs, grands officiers et grand’croix distingués pour leurs éminents services rendus à la nation, un nom se détache : celui de Louis Lareng. A 93 ans, le fondateur du SAMU, aujourd'hui promoteur de la télémédecine, a été élevé à la dignité de grand officier. Ce Pyrénéen de souche (né à Ayzac-Ost près d'Argelès-Gazost), ancien élève du lycée de Tarbes et de la faculté de médecine de Toulouse, a mené un carrière professionnelle exceptionnelle sans jamais se couper de la vie de la Cité. Maire d'Ayzac-Ost de 1965 à 1977, conseiller municipal de Toulouse de 1983 à 1995 et conseiller régional de Midi-Pyrénées de 1986 à 1992, il a été député socialiste de la 3e circonscription de Haute-Garonne de 1981 à 1986. Retour sur l'itinéraire majuscule d'un immense monsieur, modèle d'humanisme et source d'inspiration pour les jeunes générations. Nous l'avons rencontré dans son bureau de l'agence régionale de santé à Toulouse où il continue de venir travailler chaque jour.


Les Hautes-Pyrénées pour berceau

 
C'est dans le petit village d'Ayzac-Ost (près d'Argelès-Gazost) qui compte à peine 350 âmes que naît Louis Lareng au printemps 1923, cinq ans avant un autre Bigourdan qui deviendra célèbre sous le nom de Jacques Chancel. La France sort à peine de la Grande Guerre. En réaction au refus de l'Allemagne de verser les réparations financières dont elle doit s'acquitter en vertu du traité de Versailles, les troupes françaises occupent depuis peu la Ruhr. Mais l'Allemagne est loin des Pyrénées. De sa prime enfance, un souvenir aussi douloureux que vivace lui revient en mémoire : le visage emacié de sa mère malade de la tuberculose qu'il apercevait à travers la vitre derrière laquelle elle s'éteignait lentement. La souffrance de l'enfant impuissant face à la maladie de sa mère a-t-elle déterminé sa vocation pour la médecine ? Sans doute mais pas seulement. Préparatrice en pharmacie, sa tante le recueille à la mort de sa mère. Cette autre figure féminine va jouer un rôle déterminant dans sa vocation. 

 

Pur produit de la méritocratie républicaine

 
Pour l'heure, le jeune Louis est tiraillé entre l'église, où il officie comme enfant de choeur, et l'école communale, où il se révèle premier de la classe. "J'étais attendu à l'église à 7h00 par le curé qui disait la messe et il me fallait être à l'école car l'instituteur me demandait d'allumer le poêle avant le début de la classe à 8h00". Courir, être partout à la fois. Déjà.  Eduqué dans la foi catholique, il aurait pu, comme d'autres garçons de milieu modeste, suivre l'enseignement du petit séminaire de Saint-Pé-de-Bigorre pour enfiler la soutane. Mais son instituteur, en authentique hussard de la République, l'arrache à l'Eglise et obtient la bourse départementale qui lui permet, une fois passé son certificat d'études, d'être admis au lycée Théophile Gautier de Tarbes. S'il s'est un temps vu polytechnicien, c'est la médecine qui le rattrape bien vite. Guérir. Et faire la fierté de sa tante. Après avoir suivi les cours de la faculté de médecine de Toulouse, il est reçu à l'internat. S'ouvre alors pour lui une carrière universitaire toute tracée : assistant, chef de clinique, agrégé, professeur. Mais, Louis Lareng, qui se spécialise dans la réanimation et l'anesthésie, est un anticonformiste doublé d'un visionnaire. 
 
Je voulais transporter l'hôpital au pied du platane.
 

Le SAMU ou la vie à tout prix

 
On est au début des années 1960. Pour faire face à une épidémie annoncée de poliomélyte, l'Etat a décidé de former de jeunes médecins aux techniques de réanimation respiratoire. Les cours sont dispensés à Paris. Louis Lareng devient le responsable du centre de réanimation hospitalier de Toulouse. Mais l'épidémie n'a pas lieu. Et le centre n'accueille aucun patient. Qu'à cela ne tienne. Le jeune anesthésiste, pas encore quadragénaire, a une idée folle : reconvertir le centre au profit des accidentés de la route dont le nombre croît au fur et à mesure que les ménages s'équipent en automobile. Mais le conservatisme règne au sein de l'hôpital. Les praticiens refusent de sortir des murs. Louis Lareng entend lui "transporter l'hôpital au pied du platane". Face à l'opposition des mandarins, Louis Lareng brave les interdictions. L'indiscipliné contourne les obstacles. "Je dormais au commissariat de police et, lorsqu'il y avait un accident, je sortais clandestinement dans le panier à salade". Peu importe les sanctions auxquelles il s'expose. Louis Lareng a prêté serment. Il veut sauver des vies quoi qu'il lui en coûte. Il a le soutien d'une partie du personnel, des infirmiers, des brancardiers, du concierge de l'hôpital qui l'aide à préparer le matériel médical d'urgence. Son entêtement finit par payer. 
 

Un accouchement aux forceps

 
Non seulement il n'est pas sanctionné - en sauvant la vie du fils d'un grand "ponte" accidenté en rentrant de boîte de nuit, il achève de convaincre ses pairs de l'utilité de son combat - mais surtout il obtient enfin l'autorisation d'expérimenter officiellement son projet. Ailleurs en France, d'autres confrères se sont lancés dans des initiatives comparables. Mais c'est dans la Ville Rose que naît véritablement l'hôpital hors les murs en ce milieu des années 1960. Louis Lareng va peu à peu améliorer le dispositif, notamment en y ajoutant une autre dimension : la régulation (téléphonique) effectuée par un médecin. A l'été 1968, le conseil d’administration du CHU de Toulouse crée officiellement le premier service d’aide médicale d’urgence (SAMU) de France. L'année suivante, une circulaire sanctionne la naissance de ce "service d'intérêt général". Louis Lareng est heureux et fier. Mais il entend aller plus loin. Il faut, estime-t-il, un SAMU par département. Le nouveau président de l'université Paul Sabatier prend donc son bâton de pèlerin et tente de convaincre les pouvoirs publics. Ministre de la santé, Simone Veil lui accorde une oreille attentive. Elle obtient du secrétaire d'Etat aux postes et télécommunications Norbert Ségard que le "15" soit attribué aux urgences médicales. On est en 1978. Mais ce n'est qu'en 1986 que la tenacité de Louis Lareng est récompensée. Malgré l'opposition farouche du corps médical, celui qui siège sur les bancs socialistes de l'Assemblée nationale parvient à convaincre ses collègues députés de voter une loi généralisant les SAMU. Aux forceps. 
 

Un médecin dans la Cité 

 
Parangon de l'honnête homme, Louis Lareng s'intéresse depuis toujours à la vie de la cité. Travailleur infatigable et citoyen engagé, il veut être utile à son prochain. Maire de sa commune natale de 1965 à 1977 (il en est conseiller municipal depuis 1951), il quitte la Ville Rose chaque semaine pour exercer son mandat. L'autoroute n'existe pas encore. Ayzac-Ost est loin. Le trajet en voiture est long. Peu importe. Louis Lareng est attaché à ses racines. Au lendemain de la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981, le parti socialiste de Haute-Garonne le sollicite pour porter ses couleurs sur la 3e circonscription. Député suppléant depuis 1978, le professeur compte au sein du PS haut-garonnais.  "Tu es le seul à pouvoir l'emporter". Homme de devoir, il ne se dérobe pas et part au combat. Catholique de gauche, il entend mettre à profit son mandat de parlementaire pour inscrire la généralisation des SAMU dans le marbre de la loi. La loi Lareng est votée en janvier 1986. 

 

La télémédecine est une réponse - pas la seule - à la désertification médicale.

 

La médecine comme sacerdoce 

 
Conseiller municipal d'opposition de Toulouse de 1983 à 1995 et conseiller régional de Midi-Pyrénées de 1986 à 1992, Louis Lareng reste fidèle au parti socialiste. S'il est aujourd'hui retiré de la vie politique, il en demeure un observateur attentif. Ami de l'ancien président de Région Martin Malvy qui l'a soutenu dans le développement de la télémédecine, il regarde avec bienveillance les premiers pas de la nouvelle présidente de Région Carole Delga. De Catherine Lemorton, présidente de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, il apprécie la tenacité - qui lui rappelle la sienne - en même temps que la profondeur des convictions. Louis Lareng a 93 ans. Chaque matin, il quitte son domicile Rue du Japon et se rend à son bureau situé dans les locaux de l'ARS. C'est que les chantiers ne manquent pas : modernisation du SAMU, déploiement de la télémédecine, lutte contre les déserts médicaux... "La télémédecine est une réponse - pas la seule - à la désertification médicale". Humaniste, catholique (il admire le pape François dont une photo orne son bureau) et homme de progrès, l'inoxydable professeur Louis Lareng n'envisage pas un instant de renoncer à son sacerdoce. Hippocrate pour la vie. 
 

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